mercredi 12 octobre 2016

Zapland


Après les livres ?


Zapland est un pays de nulle part pas loin de chez nous, où vit Tanee, 8 ans. Nous sommes en 2054 et il n’y a plus de livres. Du coup, apprendre à lire pour choisir son sachet de soop est devenu plus ou moins facultatif. Les parents de Tanee, pas inquiets pour un sou, laissent encore deux ou trois ans à leur fille pour y parvenir, grâce aux méthodes pour le moins ludiques de son instit’, Madame Poincom, 82 ans au compteur. Laquelle est proche de la retraite, rassurons le SNI !

Marie-Aude Murail a écrit Zapland après deux ans d’inventaire personnel et familial et 300 pages de « mémoires », déposées au fond d’un tiroir [1]. Elle s’était alors demandé avec un brin d’angoisse si elle réécrirait jamais pour la jeunesse. D’ailleurs avait-on encore besoin de livres et donc d’écrivains ? Sous son humour et son apparente légèreté, Zapland porte donc les traces de ces doutes intimes et de ces interrogations d’époque, nourris sur le moment par le visionnage répété de Fahrenheit 451, de François Truffaut, et la relecture du livre de Ray Bradbury.

C’est grâce à ce texte court, mettant en scène un clone à peine futuriste de Romarine – l’illustration est d’ailleurs due à Frédéric Joos qui a su camper si bien L’Espionne dans J’aime Lire - que Marie-Aude a pu renouer avec l’écriture pour autrui et, quelque temps plus tard, entamer la série des Sauveur & Fils.

Au fond, Zapland est peut-être un conte d’avertissement à l’usage… des écrivains, à l’approche de la tornade numérique qui pourrait les emporter, eux et leurs livres ! Mais Marie-Aude Murail n’a pas voulu abandonner ses lecteurs, petits et grands, sur une note pessimiste : on leur laissera découvrir la chute de ce récit. En devenant archéologue du livre malgré elle, Tanee a peut-être trouvé sa vocation.

Il n'est évidemment pas fortuit que ce livre, écrit au moment où l'école des loisirs célébrait son cinquantenaire, soit dédié à Jean Delas, co-fondateur de la maison d'édition et pour qui "lire est le propre de l'homme".

Zapland - Marie-Aude Murail - ill. Frédéric Joos - Mouche de l'école des loisirs - 2016 (87 pages, 8,50 €)

[1] Manuscrit que l'amicale insistance de Julia Pavlowitch et Sophie de Sivry saurait extraire de son tiroir pour se voir éditer : En nous beaucoup d'hommes respirent - L'Iconoclaste - 2018 (375 pages, 8,20 € au Livre de Poche)

vendredi 7 octobre 2016

Jésus, comme un roman


L’avantage, avec la littérature pour la jeunesse, bien des auteurs vous le diront, c’est que les livres ne disparaissent pas du jour au lendemain des rayonnages des libraires. Jean Delas, l’un des confondateurs de l’école des loisirs, aime à répéter qu’il n’édite pas des best-sellers mais des long-sellers, des titres qui restent au catalogue et qui se vendent sur 5, 10 parfois 20 ans. C’est particulièrement vrai dans le cas des albums. Car il n’est pas rare que des jeunes parents rachètent à leurs enfants ceux qui les ont bercés quand ils étaient eux-mêmes tout-petits. Mais c’est aussi vrai pour certains livres destinés aux premiers lecteurs voire aux adolescents.
***
Comme c’est la rentrée des KT et des aumôneries, je veux vous parler d’un de ces « long-sellers ». Publié par Bayard il y aura bientôt vingt ans, Jésus comme un roman est le résultat d’une commande passée par l’éditeur catholique à Marie-Aude Murail, l’auteur pour la jeunesse bien connue. A l’époque, Bayard souhaitait offrir aux jeunes lecteurs quelque chose qui n’existait pas : une sorte de biographie de Jésus  destinée à ceux qui, vierges de toute éducation ou culture religieuse, ne savent strictement rien du fondateur du christianisme. Nous en croisons tous les jours. Marie-Aude Murail a relevé le défi, constatant d’emblée que les quatre évangiles, « avec leur narration en patchwork, leurs nombreux personnages et un contexte historique mal connu sont d’une lecture peu accessible aux jeunes d’aujourd’hui. »

Après quelques essais et tâtonnements, l’auteure a décidé, plutôt que de raconter une énième « vie de Jésus », de plonger le jeune lecteur dans un récit d’aventures qui commencerait par où les évangiles se terminent, à la manière d’un roman policier construit en flashback : « un cadavre a disparu, qu’en ont-ils fait ? ». Tout en restant au plus près du texte des Ecritures, elle a choisi l’apôtre Pierre comme narrateur de cette histoire. C’est donc un récit inédit au « je », l’écrivaine s’étant glissée dans la peau du plus tourmenté des disciples. En 22 courts chapitres tendus, conclus par un épilogue, nous suivons Pierre sur les clairs chemins de Galilée, du premier qui s’intitule Disparu ! au dernier : Vivant.

Au moment de la sortie de son livre, Marie-Aude Murail a raconté à France Inter les circonstances particulières dans lesquelles elle avait composé cette histoire : « Je l’ai d’abord écrite, disait-elle, parce que ma mère était en train de mourir et que j’avais besoin de m’entendre dire : « N’aie pas peur ». Je l’ai écrite aussi parce que les enfants, mes enfants, nos enfants, peuvent à leur tour avoir besoin un jour que quelqu’un, sur la route, les accompagne et leur redise les mots d’amour d’un certain Jésus. Si ce quelqu’un, c’était moi, je n’aurais pas été écrivain jeunesse pour rien. »

Dès sa sortie, Jésus comme un roman a reçu le prix jeunesse 1998 du syndicat des libraires de littérature religieuse. Il a été traduit en allemand, en espagnol, en néerlandais et en italien.

Maintenant, je vous propose d’écouter Pierre. Il est chez lui, prostré, quand Jean entre brusquement. Nous sommes au matin de la résurrection, mais ni Pierre ni Jean ne le savent encore et notre jeune lecteur non plus :

(l'extrait lu est à 3:09)


Jésus, comme un roman - Marie-Aude Murail - Bayard (133 pages, 10,90 €)

vendredi 30 septembre 2016

Songe à la douceur


Peut-être désespérez-vous de comprendre ce qui se passe dans la tête de vos enfants, de vos petits voire de vos arrière-petits enfants ? Avec leurs écouteurs bien enfoncés dans les oreilles, les yeux rivés sur leurs écrans, le portable précieusement vissé dans la main gauche, sont-ils encore accessibles ? Ils semblent avoir plongé dans un monde qui vous échappe définitivement. Serez-vous encore capables de les rejoindre ?
Je vous propose une expérience. Ouvrir une porte qui vous conduira jusque dans leur cœur. Cette porte, ce sont des livres, qui sortent pas dizaines chaque jour, et qui leur sont spécifiquement destinés. La littérature pour la jeunesse, car c’est d’elle qu’il s’agit, est le miroir dans lequel vous allez les retrouver, et vous avec eux, miraculeusement rajeunis. C’est aussi aujourd’hui, une des plus dynamiques et des plus inventives, n’en déplaise aux Goncourt et autre Renaudot.

***

Un exemple entre tous ? En cette rentrée, ClémentineBeauvais publie Songe à la douceur, une invitation au voyage intérieur, qui emprunte son titre au poème de Baudelaire. C’est une histoire d’amour en deux temps, inspirée très librement de l’Eugène Onéguine, d’Alexandre Pouchkine et de celui mis en musique par Tchaïkovski. Mais il n’est nul besoin d’avoir jamais lu Pouchkine ou entendu Onéguine pour se laisser entraîner par ces jeunes héros contemporains, Olga et Tatiana, les deux sœurs, et leurs deux amis, Eugène et Lensky. Comment s’aime-t-on, trop tôt mais irrésistiblement, à 14 ans, à 17 ans ? Et si l’amour, contre toute attente, repasse les plats dix ans plus tard, va-t-on pouvoir se « re-aimer », et de quelle nouvelle façon ?

Clémentine Beauvais a eu l’audace d’écrire un roman en vers libres, comme son prestigieux modèle slave. Quoi de neuf en amour, à l’ère obsédée du téléphone portable et des sms ? Que reste-t-il des premiers émois moulinés à l’alexandrin numérisé ? Amours, amitiés, dans quelles couveuses urbaines naissent, grandissent et meurent aujourd’hui les sentiments ? Et, derrière ces apparences modernes, y a-t-il quelque chose de vraiment changé au royaume des couples ?

Accrochez-vous à la lecture. Ça va très vite, ça zappe, ça virevolte, ça textote. Vous serez peut-être perdus à un moment ou à un autre, entre l’avant et l’après, hier et aujourd’hui, les dialogues et les fors intérieurs, les voix djeunes et les voix off. Mais rassurez-vous, Clémentine Beauvais vous tient fermement la main et ne vous lâche pas. Même si vous avez un peu mal au cœur dans ses montagnes russes, laissez vous emporter, vous arriverez à bon port, un peu étourdis, mais définitivement ravis, comme je l’ai été.


D’ailleurs je ne résiste pas au plaisir de vous laisser quelques instants supplémentaires en compagnie d’Eugène : Clémentine Beauvais lui a prêté sa plume, moi je prête ma voix à Clémentine, vous savez, cette « voix haute » avec laquelle il ne faut surtout pas renoncer à lire des histoires, aux petits comme aux grands, encore et toujours :

(l'extrait est à 3:05) :

Songe à la douceur - Clémentine Beauvais - Sarbacane (240 pages, 15,50 €)

lundi 18 avril 2016

Tous les héros s'appellent Phénix


Il était une fois un parâtre...


Nastasia Rugani n’a que 28 ans. Elle a été biberonnée au Hollandais sans peine (de Marie-Aude Murail) par sa maman, et elle a très peur de l'ogre. Un jour, la ficelle de son cerf-volant l’a tirée jusqu’en Amérique où elle a installé ses personnages. Nastasia est un écrivain.

Il y a un grand lac, gelé l’hiver car il fait très froid, deux sœurs inséparables, on ne sait pas si c’est l’aînée qui protège la cadette ou l’inverse. Mais c’est la première, Phénix qui raconte. Papa est parti un 1er juillet sans explications. Depuis cette disparition, maman, pardon Erika, car Phénix ne peut pas dire « maman », s’est réglée sur mère minimum. Jusqu’au jour où M. Smith, professeur d’anglais, récupère les deux filles en panne de vélo, dans la nuit noire. C’est Sacha qui n’a peur de rien, même pas du méchant loup qui croque les enfants, qui arrête la voiture. Et le gentil professeur d’entrer dans la maison et de charmer tout le monde. Erika retrouve le sourire. Mais peu à peu, Jessup - c’est le prénom de M. Smith, mais Cha a décidé aux beaux jours de l’appeler Jésus - Jessup-Jésus donc, qui ressemblait au début à un grand frère, va se transformer hideusement, comme dans un conte.

Nastasia Rugani conte avec une précision diabolique le lent et progressif enfermement de Phénix dans un silence terrifié qui la coupe progressivement de tout et de tous : les études, ses amies du collège, et même sa mère, aveuglée et souvent absente. Les coups pleuvent, aléatoirement, sans raison. Phénix dissimule les marques comme elle peut, invente des chutes, ment pour protéger Cha encore épargnée. Comme papa est loin, lui qui s’est pourtant enfin manifesté, comme ses cartes-postales semblent impuissantes. Qui va sauver les filles de leur bourreau, pervers à deux visages ? Phénix pourra-t-elle renaître ?

Histoire d’une emprise et d’une maltraitance, Tous les héros s’appellent Phénix est un roman dur, un quasi-polar, écrit sans graisse, tendu comme une gifle. Mais il provoque le lecteur à une intense empathie. Nous sommes aux côtés de l’héroïne, à lui souffler de fuir, à souffrir avec elle jusqu’à crier grâce, pour elle et pour tous les enfants semblablement martyrisés, à redouter, lecteur impuissant, un dénouement atroce comme un fait divers. Heureusement, Nastasia Rugani fait poindre un amour timide sur cet hiver américain et trace le portrait solaire de deux sœurs qui s’aiment avec une rare intensité. Ce lien-là semble indestructible.

mercredi 13 avril 2016

Sauveur & Fils, saison 1

Lecture pour tous

 

Après un silence de trois années, qu’elle a consacrées à la mise en ordre de riches archives familiales, Marie-Aude Murail remonte au front. Si 3000 façons de dire je t’aime, en 2013, rendait hommage au théâtre, Sauveur & Fils s’inscrit plutôt dans la lignée de Vive la République ! et de Papa et maman sont dans un bateau, en faisant défiler dans le cabinet d’un psychothérapeute la société qui nous entoure. Il s’ensuit une chronique tonique du monde contemporain, avec ses ados en mal d’école – et d’écoute de la part des adultes - ses familles décomposées et recomposées, les incertitudes de genre, les folies douces et les plus dramatiques, et bien sûr l’amour qui se faufile chaque fois qu’une porte s’entrouvre et qu’un esprit sort du brouillard ordinaire de l’existence.

Usant à l’envi des pouvoirs immenses du narrateur omniscient, l’auteure multiplie les angles de prise de vue sur les clients de Sauveur Saint-Yves. Lazare, le jeune fils de Sauveur est un de ces points de vue, depuis le jour où il a compris qu’il pouvait écouter discrètement le feuilleton des séances hebdomadaires, par la porte qui fait communiquer le cabinet avec la « VP », la vie privée du psychologue. Comme « no man is an island », et encore moins un homme sans passé, un Sauveur-dans-le-civil se dévoile aussi peu à peu, hors du cabinet, père, veuf et Antillais fort séduisant.

Il n’y a pas de « personnage secondaire » - fût-il un simple hamster - chez Marie-Aude Murail, c’est une des caractéristiques de son art romanesque, repérée depuis longtemps. De là la densité et la tension d’un livre, ici tout en dialogues et voix intérieures, économe en descriptions. Nulle servitude dans cette écriture faite de libres paroles qui se répondent. De semaine en semaine, on suit les jeunes et moins jeunes patients, dans l’intimité du cabinet de consultation et dans cette vie dite « réelle » qui les y ramène périodiquement comme vers un foyer de sens. L’émotion est souvent au rendez-vous. Et l’ensemble se lit le sourire aux lèvres. Comme si rien de grave ne pouvait se produire tant qu’on se parle.

La « saison 2 » déjà bouclée devrait paraître à la rentrée prochaine. En attendant la saison 3, en cours d’écriture. Marie-Aude Murail renouerait-elle avec la série, après les Mésaventures d’Émilien, Nils Hazard chasseur d’énigmes, Golem (chez Pocket), la trilogie Malo de Lange, ou, pour les plus jeunes, l’Espionne (chez Bayard) ? Elle semble en tout cas confortablement installée, et pour un bon moment, dans le canapé de Sauveur Saint-Yves, psychologue clinicien. Et nous avec elle.


Sauveur & Fils, saison 1 - Marie-Aude Murail - l'école des loisirs (331 pages, 17 €)

samedi 12 mars 2016

Shanoé


Louise a été touchée dès son plus jeune âge par la fée Électricité, qui ne lui a pas été très bénéfique. Au point de contraindre ses parents, en désespoir de cause, à venir s’enterrer dans un château délabré, situé dans un trou perdu qui, pour des raisons inexpliquées, est inaccessible à quelque onde que ce soit. Les spécialistes appellent ça une « zone blanche ». Délivrée des smartphones, de la WiFi, de toutes les nuisances éthérées et de leurs maux associés, Louise semble renaître. N’ayant pas grand-chose à faire, elle se met à écrire, sans qu’elle sache très bien ce qui la pousse à prendre le stylo. Comme inspiré par l’endroit, l’immense demeure, un récit étrange sort de sa plume de façon un peu automatique.

Par Louise, la zone blanche se peuple progressivement d’ombres venues du passé. Le grenier, la cave, une grange oubliée au fond du parc livrent peu à peu des objets et des vestiges qui veulent raconter l’histoire des anciens occupants. Pour s’en délivrer ? La plume de Louise a-t-elle le pouvoir d’exorciser le château ? Le père et la mère, l’un agent littéraire et l’autre artiste peintre, très occupés, virevoltent autour de leur fille, sans vraiment la voir, soulagés qu’elle revive, mais inquiets de l’isolement social où l’enferme sa maladie. Ils la sentent confusément s’éloigner d’eux et d’elle-même, quand l’arrivée impromptue d’un réalisateur américain et de son équipe de tournage bouleverse le château et ses occupants. La magie du cinéma se mêle à la magie des lieux, achevant de troubler les frontières entre les époques, entre le réel et la fiction, et réveillant les morts. Le roman s’emballe, crescendo et finit en tornade, aux sens propre et figuré.

Dans Shanoé, Lorris Murail marie la peur très contemporaine des ondes radio-électriques et les vieilles superstitions qui entourent les « gypsies » et leurs pouvoirs. Très bien écrites, les 334 pages se lisent d’une traite. La description de la tempête finale, surnaturelle, est dantesque. Est-ce à cause de la « focalisation zéro » du roman ? On a du mal à s’attacher à Louise, héroïne malgré elle, receveuse d’une histoire qui la dépasse, ballottée à la lisière du fantastique. Et l’épisode cinématographique ressemble à une greffe qui n’aurait pas pris, trop tardive et trop étrangère à ce que Louise aurait pu nous dire si sa voix n’avait pas été étouffée in fine par la clique prédatrice d’Hollywood.


Shanoé - Lorris Murail - Scrinéo (334 pages, 16,90 €)

samedi 5 mars 2016

Comme un feu furieux

Dans la nuit du secret


Avec Comme un feu furieux, Marie Chartres  nous glisse, beaucoup plus doucement que son titre ne l’indique mais non moins fermement, dans une maison où nous percevons progressivement une absence. Nous sommes à Tiksi, port russe de l’océan Arctique, gelé dix mois sur douze. C’est la nuit polaire et chez lui, le père a imposé à ses enfants comme une seconde nuit : les lumières restent éteintes, sauf celles nécessaires pour les repas, pour que Lazar fasse ses devoirs… Galya est la sœur cadette, responsable du petit frère mais aussi la narratrice. Une narratrice qui, c’est le comble, ne sait pas grand-chose, prise dans une troisième nuit, celle du secret, prise comme l’océan immobilisé, qui lâche parfois un cri inarticulé. Besoin de se réchauffer. Dans sa chambre, le grand frère Gavriil est cloitré. Lui n’est pas absent : il s’est absenté. Pourquoi ? Entre lui et son père taiseux, qui travaille dans le sombre du jour et dans la nuit du noir, Galya cherche une sortie. L’absence, lourde, s’est glissée dans tous les cœurs qui s’aiment mais ne savent plus se parler. Qui va briser la glace ? Et si Galya décidait, elle aussi, de s’absenter ? Que deviendrait Lazar ? Et Josiah le bon chien ? Et Gavriil qui se terre ? Et Papa, qui ne montre rien ?

Marie Chartres écrit dans le noir un roman qui nous éclaire peu à peu. Nous cherchons la même chose que la narratrice, nous suivons ses pas, elle s’impose peu à peu comme notre seul recours, notre unique guide dans cette famille, dans cette ville de froid et de neige. Au point que sans elle, nous serions perdus. « Et la nuit à la nuit transmet la connaissance » (Psaume 19), guidée par quelques éclairs de poésie, jusqu’à se faire lumière et vie.

Comme un feu furieux - Marie Chartres - l'école des loisirs (165 pages, 14 €)

La plume de Marie

  À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...