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Affichage des articles du mars, 2019

Longtemps, j'ai rêvé de mon île

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À douze ans, Corneille prend conscience qu’il y a de sérieux trous dans sa biographie. Ce genre de trous, curieusement, pèsent lourd. Ils ont constitué progressivement un fardeau pour la fillette, bien résolue à l’alléger en menant l’enquête sur ses origines.
Ce qu’elle sait d’elle se résume à peu de choses. Osh, l’homme qui l’élève seul l’a recueillie dans une barque venant d’on ne sait où, où elle avait été placée encore nourrisson par on ne sait qui. La vie de Corneille a donc commencé comme celle de Moïse : sauvée des eaux. Ceci dit, nous ne sommes pas en Égypte au temps des pharaons mais dans une des îles de l’archipel des Elizabeth Islands, au large du Massachusetts, en 1925.
À côté de la petite île où Osh a construit sa cabane et vit avec Corneille, Cuttyhunk abrite quelques maisons et commerces, et surtout Miss Maggie, l’amie d’Osh qui veille aussi sur la fillette. En dehors de Miss Maggie, le comportement des insulaires à l’égard de Corneille est insolite : ils se tiennent à l’…

Vive la République !

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Le 22 mars 2006, dans le cadre du salon du livre de Paris, François Busnel, alors directeur de la revue littéraire mensuelle Lire, remettait à Marie-Aude Murail le prix Lire-SNCF pour son livre Vive la République ! publié un an auparavant. En le relisant en 2017, les éditrices de PKJ l'ont trouvé d'une brûlante actualité et ont proposé à Marie-Aude Murail de le rééditer. L'autrice l'a relu, à 13 ans d'écart, et l'a toiletté comme elle a pris l'habitude de le faire avec tous ses romans, chaque fois qu'une réédition se profile. 
Quelle République Marie-Aude Murail a-t-elle voulu célébrer ? Celle qui se forge à l'école primaire. L'autrice raconte en effet la première année d'une jeune institutrice, Cécile, et de manière progressive et inattendue, elle transforme ses débuts dans la vie professionnelle en une aventure complètement romanesque, aussi romantique que politique.
Marie-Aude Murail a raconté pourquoi elle avait choisi d’écrire Vive la Ré…

Avant la télé

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Il y a plus de trente ans maintenant, un instituteur de mon fils aîné avait demandé un jour aux parents et grands-parents de ses élèves de raconter "comment c'était l'école, de leur temps". Beaucoup s'étaient pliés volontiers à l'exercice et avaient rendu une copie savoureuse, qui fleurait bon cette époque des plumes Sergent-Major, des blouses grises et des poêles à charbon. Avec l'album Avant la télé, qui reparaît ces jours-ci au format poche, c'est un désormais classique de la littérature pour la jeunesse que l'école des loisirs nous propose, dix-sept ans après sa première parution en album grand format. Et c'est un grand-père de grand talent, Yvan Pommaux, qui raconte en images l'école mais aussi la vie de son temps, ce temps d'avant la télévision.

L'histoire d'Alain commence en 1945. Alain est le premier fruit du baby-boom, cette explosion pacifique d'après-guerre,  guerre que l'illustrateur brosse d'entrée de je…

Appelez-moi Nathan

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Appelez-moi Nathan, c’est le parcours transgenre d’un jeune garçon né dans un corps de fille, à moins qu’il ne s’agisse d’une fille née dans la tête d’un garçon. Il est raconté par une journaliste, Catherine Castro et délicatement aquarellisé par Quentin Zuitton, dans la forme d’une BD, qui tire parfois vers le roman graphique. Il s’agit bien d’une histoire vraie, dont les personnages ont voulu rester anonymes. Leurs noms ont donc été changés. Mais le héros principal, qui s’appelle Lucas s’est présenté lui-même lors de l’émission de Yann Barthès, le Quotidien (ici). Et Lucas m'est apparu à l'écran comme un garçon tout à fait convaincu et convaincant.

Au commencement est donc Lila, qui a un petit frère Théo. La sœur et le frère ont un papa et une maman. Famille on ne peut plus normale et aimante. Jusqu’ici, tout va bien. Mais bientôt, Lila capte des signaux de son environnement et de son corps qui ne correspondent plus à ce qu’elle a dans la tête. C’est une robe que sa mère a vo…

La proie

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Périodiquement, les médias se font l’écho d’affaires que l’on a pris l’habitude – pour autant que cette chose puisse devenir habituelle – de ranger dans la rubrique « esclavage moderne ». Les protagonistes en sont généralement une famille bourgeoise bien sous tous rapports et une jeune femme d’origine étrangère réduite plus ou moins brutalement du statut d’employée de maison à celui de prisonnière enchaînée jour et nuit au service de patrons impitoyables, exploiteurs et parfois prédateurs.

C’est une histoire semblable que Philippe Arnaud a choisi de raconter dans son nouveau livre, La proie, au nom, écrit-il, de cette « Afrique [qui] a donné sens à mes combats d’homme, de citoyen puis d’auteur ».

Au commencement, Anthéa est une fillette heureuse, qui partage ses jeux avec sa cousine Diane dans un petit village camerounais. Difficile d’imaginer deux êtres aussi dissemblables, Anthéa tranquille et obéissante, Diane indisciplinée têtue et tête en l’air. Sous son air sage, Anthéa est plus t…