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Reality Girl

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La Toile hébergerait aujourd’hui près d’un milliard de blogs alors que le plus ancien n’aurait guère plus de 25 ans. C’est dire à quelle formidable expansion on a assisté. Le terme de blog recouvre évidemment une grande variété de contenus. 

Pour beaucoup d’adolescent•es, « tenir un blog » est devenu une façon d’écrire son journal intime à ciel ouvert en soumettant à l’évaluation publique son identité et son ego, diversement travestis pour les besoins d’une reconnaissance anonyme aussi impérieuse qu’hypothétique. Finis les petits carnets cadenassés décorés d’une licorne : on tient son blog sous un pseudo (ou un nom de guerre) qui abrite avant tout de la curiosité parentale tout en s’offrant à celle du monde entier. Comment, sauf dénonciation sournoise, père et mère retrouveraient-ils leur progéniture dans cet océan sans rivages ni repères ?

Avec Reality Girl, Lorris Murail a décidé de peindre à sa façon ce monde des blogueuses en se mettant dans la tête d’une fille, comme il aime à le f…

La fille des manifs

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Hasards de la programmation éditoriale, Actes Sud Junior et Syros publient chacun à quelques semaines d’intervalle un livre qui raconte l’irrésistible ascension d’une adolescente propulsée plus ou moins malgré elle à la tête d’un mouvement de lutte pour la survie de notre planète. Il y a trois semaines, je vous présentais Jean-Philippe Blondel campant Lou en Greta Thunberg du Grand Est dans Il est encore temps ! Aujourd’hui, c’est Isabelle Collombat qui, avec La fille des manifs, nous conte l’itinéraire de Barbara militant pour la sauvegarde du climat.

Lorsque commence le récit de Barbara, elle est déjà bien engagée dans les manifestations dont elle a pris la tête. Mais après l’euphorie des débuts, les difficultés vont s’accumuler sur ses épaules. La Présidente de la République – oui, la France a élu UNE présidente, preuve que nous sommes bien dans une fiction – tente de récupérer à son profit les images positives que diffusent sa jeunesse et l’énergie qu’elle incarne. Son directeur de…

L'île

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Aujourd’hui, je veux vous parler d’un livre qui n’existe pas mais que son auteur a terminé hier, 7 mai 2020, remerciements inclus, et que j'ai lu. Vincent Villeminot, dont je vous ai présenté naguère Nous sommes l'étincelle, s’est lancé au début de cette période, qui restera sans doute dans l’histoire de France comme celle du « Grand Confinement », dans l’écriture d’un roman dont il avait jeté les bases l'an passé lors d’une résidence d’auteur à l’île d’Aix. Pour ceux qui ne connaîtraient pas la Charente-Maritime, l’île d’Aix est un petit caillou situé dans le Pertuis d'Antioche, entre l’île d’Oléron et Fouras, où l’on cultive les huîtres, le souvenir de Napoléon et les touristes qui s'intéressent encore à «cet enflé avec son chapeau à la con» (comme disait Zazie).

Notre auteur a surtout décidé de renouer avec la tradition des feuilletonistes. Avec la complicité de son éditeur, il a délivré peu à peu son récit de sa gangue imaginaire, mettant en ligne chaque soir à …

Cannibale

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Cannibale ! Tant que l’on évoque les mœurs de peuplades éloignées dans le temps et l’espace, on peut tenir le qualificatif à distance respectable de soi. Dans notre civilisation et à notre époque, le cannibalisme reste une aberration rarissime, qui ne peut être que le fait d’un Japonais étudiant en France la littérature comparée… Mais il est une forme psychologique de cette perversion qui est peut-être plus répandue qu’on ne le pense, tapie quelque part dans la colonie de nos pulsions.

Qui d’entre nous n’a effleuré sinon rencontré une de ces personnalités aussi dévorante qu’insaisissable ? Dans son roman policier intitulé justement Cannibale, Danielle Thiéry nous en dévoile une : Roxane, une adolescente  dont la trajectoire va s’avérer être de plus en plus trouble et menaçante.

Tout commence lors d’une nuit de fête de la musique, en pleine forêt. La course d’orientation a bien abouti dans la clairière où les lycéen•nes sont attendu•es, mais deux d’entre eux manquent à l’appel, Rafaël et…

Il est encore temps !

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Lou y es-tu ?

« Manquerait plus que je devienne heureuse de vivre. » Lou
Il était prévisible que le mouvement mondial de la jeunesse suscité par la figure aussi forte qu'intrigante de Greta Thunberg fût tôt ou tard exploré par ceux des auteurs qui se tiennent au plus près d'elle : les auteurs et autrices pour la jeunesse. Jean-Philippe Blondel, avec son nouveau roman, intitulé Il est encore temps ! comme un appel ou un slogan de manif, retrace l'itinéraire de Lou entre l'été 2018 et le printemps 2019. Naissance d'une rébellion.

Au seuil de l'été, Lou s'extrait  péniblement de quatre années de collège « incolores », qu'elle n'a pas aimées. C'est la marasme, elle fait même un malaise et finit par avouer au médecin de famille chez qui sa mère l'a envoyée que l'avenir l'inquiète, le climat, tout ça et qu'elle redoute par dessus tout « que rien n'ait un sens ». L'été passe, languide et c'est résignée que Lou fait son entrée en…

Tenir debout dans la nuit

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New-York jusqu’au petit matin.




« Mais quelle conne ! Mais quelle conne ! Mais quelle conne ! Mais quelle conne ! Mais quelle conne ! ». Lalie est en colère contre elle-même. Elle ne le sait pas encore, mais cette colère va la soutenir et la sauver. Car elle se retrouve le premier soir de son arrivée à errer dans New-York, sans papiers, sans argent, le ventre creux. Dans l’immédiat, il est exclu qu’elle reparaisse dans l’appartement d’où elle s’est enfuie. Elle ne veut pas se retrouver seule face à Piotr. Dès que sa mère leur a tourné les talons pour aller passer la nuit ailleurs, les laissant seuls, à huis-clos, le garçon l’a agressé sexuellement.

Que peut-elle se reprocher maintenant ? D’avoir accepté l’invitation au voyage de Vanessa, qui l’a toujours éblouie quand elle lui comparait sa propre mère, et d’avoir englouti ses économies dans le billet aller-retour ? D’avoir cru qu’elle pourrait rester seule avec Piotr ? De n’avoir rien vu venir, de ne pas avoir su poser des limites claire…

La mémoire des Couleurs

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Pour une fois, je ne vais pas vous parler d’un livre juste sorti. La mémoire des couleurs, de Stéphane Michaka a été publié en 2018. Mais dans le climat un peu étrange créé par notre confinement (inter)national actuel, j’ai pensé que cette dystopie ne déparerait pas notre représentation du monde. D’ailleurs, arrivant à la dernière page l’autre matin, j’ai dû me pincer pour savoir si oui ou non j’avais réintégré ce qu’on nomme, sans pouvoir toujours en être sûr, la réalité. Le monde confiné qui resurgissait, ayant fermé mon livre, n’était-il pas aussi insolite que celui que je venais de quitter ?

C’est que l’auteur a choisi de nous balader lui aussi entre deux mondes, le nôtre ou du moins quelque chose qui lui ressemble, en mode banlieue grise généralisée et un autre, baptisé Circé, d’où un certain nombre d’individus sont régulièrement éjectés, en guise de punition apparemment. C’est du moins ce qu’on commencera à comprendre en faisant plus ample connaissance avec Mauve, un garçon d’une…