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vendredi 23 mai 2025

Francoeur - À nous la vie de château !

 



"À nous la vie de château !" L'exclamation toute de joie conquérante, qui sous-titre le second volume de la correspondance d'Anna Dupin, alias Francoeur, avec la mystérieuse jeune fille qui veut percer les secrets d'une autrice consacrée, fait évidemment écho à celle du premier, tout aussi joyeuse et insouciante : "À nous la vie d'artiste !" Anna poursuit ses échanges, on connaîtra bientôt le prénom de son interlocutrice, dont le portrait se dessine peu à peu en creux, dans les questions et les réponses que fait Anna à des lettres que pourtant nous ne lirons jamais. Une partie du charme du roman épistolaire des Murail, mère et fille, réside justement dans le halo que dessine la jeune absente autour des lettres d'Anna.
Le premier opus s'était refermé sur la réapparition d'Olympia, "enlevée" à ses frères et sœur par la baronne Stiff et celui-ci s'ouvre logiquement sur les débuts de la petite sœur dans la vie et singulièrement dans le théâtre,  puisque nos autrices ont cette fois pris pour modèle Sarah Bernhardt, la Divine. Et nous avons le plaisir de découvrir le personnage d'Olympia, comédienne-née à la ville comme à la scène, cynique ou naïve, s'interrogera souvent Anna, qui va faire enrager sa fratrie avec ses caprices de future diva, fratrie consumée par le remords de l'avoir si longtemps "oubliée" dans le couvent où la baronne l'avait placée, et prête de ce fait à tout lui céder pour se faire pardonner.
D'emblée, l'irruption d'Olympia donne un coup de fouet à ce second volume, qui va ne cesser de caracoler jusqu'à faire retrouver à la fratrie ses racines berrichonnes, et ce fameux château d'Âpresort, au nom prédestiné, dont les soirées rappelleront celles de Nohant à ceux qui ont découvert ailleurs la vie de George Sand.
Les Dupin n'échapperont pas aux nouveaux soubresauts de la vie politique française avec cette fois le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte devenant Napoléon III. Au sein de la fratrie, Marceau le poète aura un destin singulier qu'on se gardera bien de dévoiler ici.

Nos autrices mère et fille auront pris un plaisir renouvelé à vivre à travers leurs personnages. D'autant qu'ici, il y a une mise en abyme directe. Ce qu'Anna fait découvrir de son art à sa jeune correspondante, Constance l'aura forgé en écrivant avec Marie-Aude ce double roman de transmission et d'apprentissage croisés. C'est pourquoi d'ailleurs il revenait à Constance d'avoir à écrire la dernière lettre, la seule retrouvée de la mystérieuse apprentie poète, pour boucler la saga des Dupin. 

Francoeur - À nous la vie de château ! - Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail - l'école des loisirs - 21 mai 2025 (427 pages, 19 €)

mercredi 16 octobre 2024

Francœur - À nous la vie d'artiste !

 


Comment devient-on artiste ?

Vous avez 12 ans et vous écrivez, tantôt des poèmes, tantôt ce que votre mère appelle « tes petits romans » ; vous en avez 17, la comédie vous tente mais vous ne vous trouvez pas assez jolie ; vous avez vingt ans et vous revenez ébloui d'une exposition consacrée à Suzanne Valadon et c'est décidé, vous serez peintre... Mais qui pourrait guider vos premiers pas vers cette vie d'artiste dont les feux s'allument déjà dans vos yeux ? Ne cherchez plus, lisez Francœur. La célèbre autrice Anna Dupin va vous prendre par la main et vous serez cette jeune fille ou ce jeune homme qui lui confie ses espoirs et ses doutes, qui l'interroge et à qui elle répond avec... l'histoire de sa vie !

Cette réponse en trente-sept lettres comme autant de chapitres conte en effet la vie tourmentée et heureuse d'une fratrie qui traverse le cœur battant du XIXe siècle, la bohème et la révolution perdue de 1848 et mille autres événements et péripéties de l'époque. Les Dupin sont quatre, Anna l'aînée, les jumeaux Isidore et Marceau et la benjamine, Olympia. Leur père, Marie-Gaston, est un artiste-peintre monté à Paris depuis son Berry natal, persuadé qu'il était d'y trouver la gloire, et où il n'a fait qu'entraîner sa femme dans la mort, ses enfants dans la misère, jusqu'à les abandonner. Son leitmotiv dépité restera : « Un artiste ne devrait jamais se marier, ne devrait jamais  avoir d'enfants ! »

Anna la rêveuse se retrouve donc chef de famille, couturière, échappe de justesse aux griffes du comte d'Ardillon, s'habille en homme, tâte du journalisme révolutionnaire, entrevoit dans un atelier un modèle nu qui va hanter ses nuits des années durant et elle va devenir une romancière célèbre, à l'instar de George Sand, principale inspiratrice de nos deux autrices. Sous nos yeux, les jumeaux grandissent eux aussi. Isidore, le bélier, force de la nature, sera peintre. Marceau le petit mouton fragile deviendra poète. Quant à Olympia, un moment disparue, elle reviendra sur scène et comme ses frères et sœur, aussi attendris qu'excédés par elle, ne savent pas quoi en faire, elle sera la plus grande comédienne de son temps, un personnage qui, lui, doit beaucoup à Sarah Bernhardt.

« À nous la vie d'artiste ! » L'énergie de ce roman d'apprentissage, Marie-Aude Murail l'a puisée dans sa propre famille d'artistes, dans la jeunesse de sa fille Constance à qui elle a entrepris, depuis la septième saison de Sauveur & Fils, de transmettre sa plume. Trois femmes du XIXe siècle et plusieurs poètes, dont le propre père de Marie-Aude Murail, Gérard Murail, les ont inspirées, la peintre Rosa Bonheur étant la troisième outre les deux déjà citées, George et Sarah. Isidore va en effet devenir au masculin ce peintre animalier que fut Rosa Bonheur, dont le succès qu'elle eut de son temps n'a d'égal que l'oubli dans lequel elle était tombée. 

C'est en découvrant son château à Thomery, à l'occasion du lancement du tome 2 de la BD inspirée de Miss Charity, que Marie-Aude Murail a eu l'idée de réfléchir à la condition d'artiste en composant cette fratrie inspirée. Comme le XXIe siècle l'accable périodiquement, elle s'est réfugiée pour cela une nouvelle fois au XIXe, ainsi qu'elle le fait régulièrement depuis que Dickens l'y a introduite. Et elle y a entraîné sa fille.
Nos deux autrices se sont amusées à disséminer dans leur roman épistolaire des notes de bas de page plus ou moins sérieuses visant à créer des effets de réel, d'autant plus que certaines des références sont tout ce qu'il y a de plus historique. Le résultat est clair : il n'est de vérité que romanesque et artistique, devant laquelle la grande, la sage et folle Histoire, doit s'incliner !
Mère et fille achèvent en cette fin d'octobre 2024 le tome 2 de Francœur - À nous la vie de château !, où nous ferons enfin connaissance, au printemps prochain (le 21 mai 2025, précisément) avec cette mystérieuse correspondante et cette vie de château qui nous est promise à la fin du premier tome. Un autre pan de l'histoire de France, le Second empire, nous y attend aussi, puisqu'Anna Dupin alias Francœur écrit ses lettres entre 1860 et 1863.

Francœur - À nous la vie d'artiste ! - Marie-Aude Murail & Constance Robert-Murail - Medium+ de l'école des loisirs (408 pages, 19 €)




vendredi 8 mars 2024

L'Espionne renaît

 Comme cela va faire bientôt 6 ans que je ne vous ai pas donné de nouvelles de mon héroïne préférée, l’Espionne, créée par l’autrice Marie-Aude Murail et que ce vendredi tombe un 8 mars, journée internationale des droits des femmes, au rang desquelles je compte la mienne, si du moins je peux employer en ce jour un tel possessif, je vais vous parler de la renaissance de Romarine.

Depuis quelques mois, celle-ci est en effet tombée entre les mains d’une autre femme, en l’occurrence la dénommée Églantine Ceulemans, dessinatrice de grand talent. Bayard jeunesse lui a confié la réédition de toutes les histoires qui avaient été illustrées depuis 2001 par le non moins talentueux Frédéric Joos, soit une vingtaine, toutes parues au départ dans le mensuel J’aime Lire.

Cela donne des petits livres pétillants de malice, à raison de trois récits par volume : quatre sont publiés à ce jour, la saison 4 est parue le 14 février dernier, et si je sais bien compter cela fait 12 histoires nouvellement illustrées, à découvrir par une nouvelle génération de petites têtes blondes ou brunes ou rousses, peu importe, à partir de 7 ans.



Et rassurez-vous, bien que l’Espionne fête cette année ses 23 ans, Romarine, elle, en a et en aura toujours 10.

Mais Églantine Ceulemans ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. La collection BD Kids du même éditeur lui a offert d’accueillir L’Espionne en bande dessinée. Alors elle a retroussé ses manches, a conçu la scénarisation des histoires que Marie-Aude Murail avait écrites et elle a rangé Romarine, sa mère, son père souvent raplapla, sa sœur Boubouillasse et son grand frère Noël, sans oublier son club d’espionnage et sa maîtresse de CM1, l’inventive Mme Maillard, dans des dizaines de petites cases et des centaines de petites bulles. Le tome 3 de l’Espionne en version BD est paru le 17 janvier dernier.



Quand on lui a demandé pourquoi elle avait créé Romarine, Marie-Aude Murail qui jusqu’alors n’avait conçu sur le papier que des héros garçons, a répondu en gros : parce que j’avais une fille de 6 ans pleine de malice. Et elle a précisé :

« Je suis une espionne. J’écoute sans en avoir l’air les conversations dans les cafés et les magasins, je rêve sur les couples qui passent, je fais des hypothèses sur la vie des gens d’après leurs caddies pleins, je laisse parler les enfants autour de moi, j’écoute, je traverse lentement les jardins, les cours de récré, je regarde.

Il est bien évident que je n’ai pas eu d’emblée le projet de faire avec Romarine un personnage qui serait une métaphore de l’écrivain que je suis. Je raconte des histoires et je laisse mon inconscient bricoler tranquille dans son coin. Mais je me suis tout de suite rendu compte que l’Espionne me plaisait par l’énergie qu’elle dégageait et sa manière de rendre le quotidien « très, très intéressant ». Elle m’a fait rire par sa désinvolture, ses petits accommodements avec la morale, son intérêt pour la vie sentimentale des plus grands. J’ai compris qu’elle avait aussi la capacité de m’émouvoir. Comme ma propre fille quand elle me racontait au début des années 2000 ses amours débutantes et ses malices de fille. » Fin de la citation.

Et si nous écoutions maintenant Romarine nous conter sa vie trépidante d’espionne. Ah, la première histoire de la saison 4 s’appelle « L’espionne s’énerve » …


L'espionne saison 4 - Marie-Aude Murail, illustré par Églantine Ceulemans -Bayard jeunesse (112 pages, 10,90 €)

L'espionne en mission spéciale - BD d'Églantine Ceulemans, d'après la série de Marie-Aude Murail - Bayard BD Kids (69 pages, 10,50 €)

vendredi 1 décembre 2023

Marie-Aude Murail

 



Chers auditeurs et auditrices de RCF, exceptionnellement, je ne vous propose pas ce vendredi ma chronique habituelle.  Comme vous le savez peut-être, le monde de la littérature jeunesse se donne chaque année rendez-vous au salon de la littérature et de la presse jeunesse, le "SLPJ", qui tient cette année sa 39ème édition, du 29 novembre au 4 décembre à Montreuil en Seine-Saint-Denis. Pour cette occasion, j’ai préféré donner la parole à Marie-Aude Murail, l’une de ses plus éminentes représentantes, autrice prolifique, dont les œuvres comme Oh, boy ! Simple Miss Charity ou les séries comme Les mésaventures d’Emilien, les enquêtes de Nils Hazard et plus récemment Sauveur & fils, ce psychologue orléanais, ont assuré le succès en France comme à l’étranger, où elle est traduite en 27 langues à ce jour. Outre de nombreuses récompenses glanées au fil de sa carrière, c’est l’ensemble de son œuvre qui lui a valu de recevoir en 2022 le prix Hans-Christian Andersen, qui est la plus haute récompense internationale décernée à un écrivain pour la jeunesse, par un jury dont 83 pays sont parties prenantes.
Mardi, Marie-Aude Murail était rédactrice en chef du journal Libération pour le numéro spécial que celui-ci concocte chaque année à l’occasion de l’ouverture du salon ce mercredi… Bonjour Marie-Aude !

Bonjour Pierre-Michel, bonjour aux auditeurs et aux auditrices de RCF

Comment as-tu vécu mardi cette rencontre entre la littérature jeunesse et la presse quotidienne, entre la fiction et l’actualité ?



Nous étions 36 autour d’une table et le mot qui est revenu le plus souvent entre nous, c’était « intimidé e ». Donc c’est vrai que quand le rédacteur en chef nous a proposé les sujets du jour : les otages du Hamas, le raid de l’ultra-droite sur la ville de Romans-sur-Isère, le porno en deepfake dans les cours de récré, le procès de Monique Olivier… on s’est regardés en se demandant qui allait se dévouer parce que ce n’est pas a priori des sujets qu’on traite en littérature pour la jeunesse. Encore que… on ait l’habitude de parler de tout ! Et donc le challenge a été de garder notre spécificité d’écrivains et illustrateurs pour la jeunesse, tout en traitant de ces sujets-là, et donc en gardant notre humour, notre humanisme… et une petite lueur d’espoir, s’il vous plaît !

Après avoir écrit la 7ème saison de Sauveur & fils avec ta fille, Constance Robert-Murail, je sais que tu as un nouveau livre en cours ? Peux-tu en dire un mot au micro de RCF Loiret ?

Alors là, ça va être le scoop ! Bon, alors, ça devrait s’appeler - ça devrait parce que tout ça est encore fragile - ça devrait s’appeler Francoeur, et ça va parler d’une fratrie d’artistes au XIXe siècle, dans ce qu’on appelait « la vie de bohème », tous ces jeunes qui arrivaient de province et qui voulaient réussir, comme écrivain, comme peintre, comme poète, etc. Ils sont quatre, comme nous étions quatre, les Murail. Il y a une grande sœur, qui s’appelle Anna, qui va prendre le pseudo de « Francoeur » ; elle, elle est inspirée par George Sand ; viennent ensuite des jumeaux, Isidore et Marceau ; Isidore, lui, s’appuie sur un autre personnage, féminin, du XIXe, c’est une peintre, Rosa Bonheur ; Marceau, lui, va représenter tous les poètes maudits – vous pouvez faire la liste dans votre tête – et puis la petite dernière, Olympia, sera inspirée par Sarah Bernhardt.

Pourquoi crois-tu que ce récit de quatre vocations d’artistes au XIXe siècle pourrait intéresser des adolescents d’aujourd’hui ?

Parce qu’ils écrivent, parce qu’ils rêvent, parce qu’ils ont envie de créer et qu’ils ont peut-être besoin de savoir que d’autres avant eux ont osé. Le sous-titre de Francoeur sera peut-être – voilà encore un scoop – « Lettres à une jeune romancière », comme il y a eu les « Lettres à un jeune poète » [Rilke]. C’est un roman sous forme épistolaire et c’est une jeune fille qui s’adresse à Francoeur pour lui dire qu’elle a, elle aussi,  envie d’écrire ; et elle veut percer tous les secrets de « comment vous y êtes arrivée ? » et « d’où est-ce que vous venez ? ». Ce sont des questions qu’on me pose régulièrement. Oui, je crois que cela intéresse les enfants même et les ados, les adultes : « pourquoi vous êtes devenue écrivain ? Est-ce que vous écriviez quand vous étiez petite ? Est-ce que vous étiez bonne en rédaction à l’école », toutes ces questions reviennent très souvent. Ce sera une manière d’y répondre et puis ce sera aussi – comme je l’aurai écrit avec Constance – une manière de dialoguer avec cette jeune génération qui a tellement envie qu’on l’entende.

Dans ton article de Libération d’ailleurs, tu cites ta rencontre avec cette petite fille qui t’avait demandé « comment devient-on ‘écrivain célèbre’ ? »

Oui, un peu naïve, mais c’était une petite fille du CE2 et elle, elle voulait devenir « écrivain célèbre » et moi j’ai dû lui répondre que « non, ce n’était pas exactement comme ça que c’était vendu » et je lui ai un peu parlé des difficultés de ce métier, je ne les cache jamais à ceux qui ont cette vocation en eux, ce désir en eux. On n’écrit pas parce qu’on a envie de passer à la télé, on n’écrit pas pour se mettre plein de fric sur son compte en banque, on n’écrit pas pour avoir une bonne retraite, on écrit parce qu’on a des choses en soi et qu’on veut les donner aux autres.

En 2021, la lecture a été décrétée Grande cause nationale par le gouvernement. Les baromètres de la lecture des jeunes semblent tous virer au mauvais temps. Tu as écrit en 2016 Zapland, une dystopie qui met en scène Tanee, une fillette de 8 ans qui ne sait pas encore lire et dont les parents ne sont même pas inquiets. Que se passe-t-il selon toi ? Le monde de demain va-t-il ressembler à Zapland, un monde sans livres, voire sans lecteurs ? Et que faut-il faire ?

Si je le savais… D’abord, il faut donner l’exemple soi-même. Quand les parents viennent me dire « Comment faire pour que mon enfant lise ? », évidemment, je leur demande : « est-ce que vous lisez ? » et surtout « est-ce que vous êtes des lecteurs et lectrices heureux et heureuses ? ». Moi, c’est ça, ma première démarche, quand je vais dans les écoles, les médiathèques, je suis une lectrice heureuse, je suis le témoin de quelqu’un qui vit à travers les livres, qui a besoin de la lecture pour se construire et se constituer, parce que je continue de me construire grâce aux livres, je continue d’apprendre grâce aux livres. « Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux » disait Jules Renard. C’est de ça qu’il faut témoigner. Partout. Il faut faire envie, en fait. Faites-vous envie ? Il paraît qu’il faut avoir des gueules de ressuscités pour donner envie d’être chrétien, eh bien voilà, ayez des gueules de lecteurs et de lectrices qui sont heureux.

Merci Marie-Aude Murail !

Merci à vous de m’avoir écoutée !

Pour écouter l'interview de Marie-Aude Murail :

vendredi 14 avril 2023

Sauveur & fils saison 7



Chères auditrices et chers auditeurs, je suis particulièrement heureux de vous présenter le livre du jour : Sauveur & fils, saison 7, dans les librairies depuis mercredi dernier. Heureux pour des raisons tout à fait personnelles que vous me permettrez de partager avec vous. La première de ces raisons, c'est qu'aujourd'hui est la date anniversaire de mon mariage avec l'autrice de cette série dont vous avez sûrement déjà entendu parler. Cinquante ans, noces d'or ! La deuxième de ces raisons, c'est que Marie-Aude Murail a écrit cette saison 7 avec notre fille, Constance, qui fait ainsi ses débuts en littérature. J'avais écrit en 2018 un court texte, Le mari de l'auteure, dans lequel je racontais cette singulière aventure : avoir assisté et participé - modestement - à l'éclosion d'un écrivain. Je vais devoir ajouter un codicille, Le père de l'autrice. La troisième raison est que le livre m'est dédicacé.

Cette parenthèse familialo-centrée ouverte et refermée, quel intérêt pourriez-vous trouver à acheter et à lire cette nouvelle saison des aventures du plus célèbre psychologue orléanais ? Je ne doute pas que si vous avez lu les six premières, vous allez vous précipiter sur la septième, redoutant déjà qu'elle ne soit la dernière. Tranchons tout de suite cette question : pour l'heure, les autrices n'y répondent ni oui ni non. Que sera sera.

Une autre interrogation pourrait tourmenter celleux qui, tout juste revenus de Mars après 7 ans de voyage interplanétaire, n'auraient jamais entendu parler de Sauveur. Faut-il avoir lu les six premières saisons pour goûter la septième ? Non, les sept volumes de la série se lisent indépendamment, chacun étant précédé d'un court résumé qui campe la situation et les personnages. Le résumé qui ouvre la saison 7 est d'ailleurs étoffé car trois années se sont écoulées depuis la saison 6. Mais attention : si vous lisez la septième, vous risquez de vouloir vous jeter sur la série : les cinq premiers ont été édités au format poche, deux fois moins cher, et le sixième le sera le 21 juin prochain, pour le plus grand bonheur de votre portefeuille.

Donc, malgré tout, si vous arrivez de la planète Mars : Sauveur & fils, c'est l'histoire d'un psychologue de quartier, Sauveur Saint-Yves, né en Martinique comme son fils Lazare, aussi orphelin que son père est veuf. On suit Sauveur conduisant un certain nombre de thérapies, souvent des enfants ou des adolescents, qui reviennent de semaine en semaine. Sauveur a aussi une vie privée qui au fil des saisons, s'est étoffée : de veuf, il est passé au statut de marié, avec Louise, une journaliste de La République du Centre, qui a deux enfants d'un précédent mariage, Alice et Paul, Paul étant l'ami de Lazare. Ce qui devait arriver arriva, Louise a profité des trois années d'interruption de la série pour avoir un troisième enfant, avec Sauveur bien sûr. Il y a donc désormais au 12 rue des Murlins, une petite métisse, Léopoldine, dont la coiffure donne à Louise du fil à retordre, c'est le cas de le dire. La "VéPé" de Sauveur - VP pour "vie privée" - a recueilli aussi au fil des saisons un adolescent, Gabin, un petit garçon orphelin, Grégoire, un vieux légionnaire, Jovo, un chat diabétique, Miou, deux hamsters et deux cochons d'Inde... On pourrait s'y perdre mais l'école des loisirs a demandé à Anne Beauchard de dessiner la maison du psychologue en coupe, dessin qui vous servira de carte pour vous orienter entre tous ces personnages et leurs lieux de vie.  

La saison 7 recommence le 8 novembre 2021 et se déroule comme les précédentes sur 5 semaines et quelque 300 pages. On y retrouve entre autres Ella devenue Elliott, Koslowski en état végétatif chronique ; on y découvre Alma qui a demandé à Sauveur de l'aider à animer un cercle de parole pour hommes violents en milieu carcéral, Ariane, une  enseignante en burn-out, Luther, un ado disgracié aidant sa mère... Mais ce qui se passe au 12 rue des Murlins ne se réduit pas à un catalogue de troubles psychiques ou de difficultés psycho-sociales. La vie continue à sourdre, de façon intense, à tous les moments privés ou professionnels que traversent les héros de cette série. La source n'est pas tarie, venez y boire !

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 04:08) :


Sauveur & fils, saison 7 - Marie-Aude Murail, Constance Robert-Murail - l'école des loisirs (314 pages, 17,50 €) 

Pour découvrir autrement mère et fille, on pourra écouter le podcast (66 mn) Des femmes et un Dieu, réalisé par Mathilde Hallot-Charmasson, après leur première collaboration littéraire amorcée lors de la réédition de Jésus, comme un roman (Bayard)

vendredi 21 octobre 2022

Pitsi-Mitsi


L'école des loisirs publie mercredi 26 octobre Pitsi-Mitsi un nouveau livre de Marie-Aude Murail. Signalons au passage que l’œuvre de cette autrice vient d’être couronnée en Malaisie par le prix Hans-Christian Andersen et qu’elle est la première lauréate française depuis René Guillot, primé il y a 58 ans. Cette récompense internationale est fréquemment désignée comme "le Nobel de la littérature jeunesse"

Pitsi-Mitsi est un conte destiné aux plus jeunes et illustré par Régis Lejonc, placé dans l’écrin d’un beau livre relié. Son sous-titre en explicite le propos : nous sommes "au temps où les animaux parlaient" et où chaque famille qui se respecte se doit d'en avoir un, qui lui sert de conseiller. Problème : il y en a de moins en moins. Quand l'histoire commence, les pauvres du Pont ont une souris un peu idiote, la dénommée Pitsi-Mitsi, justement, et les riches et antipathiques du Rang un âne très vieux et très gâteux, Bellafond. Bellafond est si vieux qu'il claque dès la page 12 et c'est là que le drame se noue.

Les riches du Rang ordonnent à leur fille Joséfine de leur retrouver un animal parlant et plus vite que ça, question de standing  - je vous ai déjà dit qu'ils n'étaient pas sympathiques ? -  pour remplacer Bellafond, qui ne brillait  pas par son éloquence, il faut bien l'avouer. Et comme il n'y a plus rien à manger chez les pauvres du Pont, les parents conseillent à leur fils Gaston de partir à l'aventure et d'y faire fortune avec sa souris. Pourquoi pas en épousant la fille du roi, décrète Pitsi-Mitsi, qui est vraiment idiote ?

Sur fond d'extinction, la septième sans doute, celle des animaux parlants, ce sont donc deux enfants, l'un pauvre et l'autre riche, qui sont mis également à la porte de chez eux. Comme vous pouvez le deviner, leurs chemins vont se croiser rapidement, pour le meilleur et pour le pire. Gaston est un garçon tendre et débrouillard et va devoir se défendre de Joséfine, une vraie peste, égoïste et sans cœur. Du moins à première vue, car en partageant les périls de la route, les deux enfants pourraient bien se rapprocher et faire cause commune devant l'adversité. Sans compter que Pitsi-Mitsi, à seconde vue, va s'avérer être moins idiote qu'il n'y paraît.

Marie-Aude Murail reprend tous les ingrédients du conte traditionnel, de l'aubergiste assassin au royaume d'opérette, faisant des clins d'œil à la Comtesse de Ségur, au Sceptre d'Ottokar, etc. Le trait de Régis Lejonc, précis comme un vitrail, donne vie et couleurs à tout ce petit monde intemporel, vif et parfois cruel. Associés, autrice et illustrateur finissent par nous persuader que chats et souris, renards et ânes, chiens et cochons pourraient bien nous reparler un jour en vrai si nous prenions enfin la peine de les écouter. Et qui sait si, d'aventure, ils ne seraient pas de bon conseil pour les humains ?

Pour écouter cette chronique sur RCF Loiret (extrait lu à 02:47) :

 



Pitsi-Mitsi (Du temps où les animaux parlaient) - Marie-Aude Murail, illustré par Régis Lejonc - l'école des loisirs - 2022 (relié, 95 pages, 12,50 €)

Bonus : Marie-Aude Murail vous présente son conte dans une vidéo de 4 mn.



dimanche 3 avril 2022

À l'hôtel du Pourquoi-Pas ?

 



Voilà. Il n'y aura pas d'autre livre publié sous cette double signature, « Marie-Aude et Lorris Murail ». À l'hôtel du Pourquoi-Pas ? clôt une aventure éditoriale  de 18 mois, sans doute unique dans les annales de la littérature jeunesse et qui aura abouti à ce qu'on nommera désormais la « trilogie Angie », du prénom de sa jeune héroïne, Angie Tourniquet.

Des circonstances exceptionnelles 

Lorsqu'en mars 2020, Marie-Aude revoit son frère Lorris à Bordeaux, celui-ci est déjà atteint par la maladie de Charcot depuis plusieurs mois. Il confie à sa sœur : « je n'écris plus, je me sens devenir invisible ». D'ailleurs, il a sur son disque dur un manuscrit achevé intitulé Capitaine invisible. Ils écoutent ensemble la déclaration de guerre au Covid du président Macron et l'annonce du confinement. Dans la voiture qui la ramène chez elle, Marie-Aude appelle son frère et lui propose d'écrire à deux, comme ils l'ont déjà fait dans le passé. Dès lors va s'engager une sorte de course : jouer la montre contre la mort,  écrire jusqu'au bout, au temps présent, celui de l'urgence et de la pandémie. Au téléphone tous les jours pour construire et trouver les idées, et pour pouvoir échanger matin et soir par messagerie les textes et les retravailler. Marie-Aude écrit  le jour et Lorris, fidèle à une longue habitude, la nuit. Le soleil ne se couche donc jamais sur le duo créateur. Angie ! Souviens-toi de septembre ! et À l'hôtel du Pourquoi-Pas ?  (quelque 1300 pages !) vont naître de cette coopération intensive qui n'aurait pas été possible sans Natalie, l'épouse de Lorris qui va veiller continûment sur lui  dans leur maison de campagne, avec le soutien d'une formidable équipe médicale animant cette hospitalisation à domicile (« HAD »).

Lorsque Lorris meurt le 3 août 2021, ils en sont à  la page 150. Lorris a envoyé ses derniers fichiers vocaux courant juillet : « Continue sans moi ! ». Marie-Aude lui a promis de terminer l'histoire en cours. Elle lui envoie jusqu’au bout les textes que sa fille Orane, à son chevet, lui lit à voix haute. Avant de terminer, seule.

Un thriller

Ce troisième et dernier volet reprend les personnages principaux campés dans les deux premiers : Angie et sa copine Rose-May, Emma la maman infirmière, leurs voisins de palier, le capitaine Augustin et Capitaine le chienne renifleuse de la brigade des Stups, Thérèse, la pittoresque tante adoptive d'Augustin, Alice Verne la commissaire amoureuse, l’homme de la PJ, le commissaire Félix Hautecloche et bien sûr Xavier Sitbon, le père d'Angie. Cette galerie  va s'enrichir d'un commandant de police en délicatesse avec l'institution, René Lamblin, éjecté aussi de chez lui par sa femme qui l'a sommé de choisir entre un monceau d'archives poussiéreuses entassées dans leur garage et... elle ! Profitant du désœuvrement temporaire d'Augustin, sur la touche depuis l'affaire Lecoq, Lamblin va l’attirer dans son univers d'affaires classées et non résolues qui vont vite passionner… Angie et Rose-May. Vont entrer en scène une autrice de polar aussi célèbre que mystérieuse, Cornelia Finch et un tueur psychopathe qui l'a peut-être inspirée à ses débuts. En s’attachant à un « cold case » qui ressemble étrangement à une des intrigues de la reine du polar - l'enlèvement d'un jeune enfant à bord du paquebot France en 1972 – Augustin ignore à quel point cette affaire va le concerner personnellement.

Mais quand deux puis trois jeunes femmes sont découvertes étranglées, c'est une brûlante actualité criminelle qui se rappelle à nos deux policiers plantés devant leur buffet froid. Cette fois encore, c’est Angie, qui traine au bureau des affaires classées, qui  va avoir les bonnes intuitions. Mais, à s'approcher d’un tueur en série au point de le défier en compagnie de Rose-May avec leur « Chaîne du Crime » postée sur YouTube, ne risque-t-elle pas de mettre sa propre vie en danger ?

Marie-Aude et Lorris Murail ont écrit un thriller à l'intrigue implacable. On a rarement invité un jeune lecteur à se mettre dans la tête et dans la vie quotidienne d'un psychopathe père de famille. Le conte d'avertissement est terrible. Mais le cheminement parallèle d'Augustin vers ses propres origines en fait aussi un récit d'apprentissage. Ce temps manquant et reconstitué va permettre au capitaine de se débarrasser des fantômes qui avaient entravé jusqu'ici sa vie amoureuse et d'alléger le dénouement de la trilogie. Alors, à votre avis, qui va-t-il choisir, Emma ou Alice ? 🙂

Pour écouter cette chronique :



À l'hôtel du Pourquoi-Pas ? - Marie-Aude et Lorris Murail - l'école des loisirs - 23 mars 2022 (409 pages, 17 €)


lundi 20 septembre 2021

Souviens-toi de septembre !



C’est bien connu : on ne change pas une équipe qui gagne fût-elle composée d’un capitaine de police en rupture de ban, d’une collégienne hypermnésique en rupture de banc (d’école) et d’une sniffeuse de coke à quatre pattes. C’est bien ce trio que l’on retrouve en partie masqué sur la couverture de Souviens-toi de septembre ! le nouvel opus promis par Marie-Aude et Lorris Murail après Angie ! paru en février. Et ce sont bien Augustin, Angie et Capitaine (ouah ouah !) qui nous entraînent dans une nouvelle aventure, aussi havraise que la précédente, mais qui plonge cette fois ses racines dans un passé plus lointain : la seconde guerre mondiale et singulièrement le bombardement anglais du 5 septembre 1944 qui détruisit en grande partie le port normand que l’armée allemande occupait toujours, trois mois après le débarquement allié.

Comment l’onde de choc de cette destruction massive et ses effets collatéraux ont pu se propager jusqu’au cœur du Havre confiné de l’année 2020, c’est ce que va démêler peu à peu Augustin, embarqué dans une enquête où ses méthodes aussi intuitives que peu orthodoxes vont faire merveille, au grand dam de sa supérieure hiérarchique, la commissaire Alice Verne. Celle-ci reste trop embarrassée par les sentiments qu’elle continue à nourrir pour le capitaine pour parvenir à le contrôler ou du moins à le canaliser. Lequel Augustin feint, plus ou moins bien, de ne rien deviner des sentiments en question, dont il tire en douce sa plus grande liberté.

Une fois de plus, entraînée par Augustin, la brigade des Stups va être impliquée dans une affaire qui ne la regarde pas et se trouver en concurrence avec la Crim’ dirigée par le commissaire Hautecloche. Celui-ci serait depuis longtemps en burn-out n’étaient les repas mitonnés par Nelly son avantageuse épouse et fidèle conseillère ès énigmes.

La commissaire Alice Verne, déjà jalouse d’Emma, l’infirmière au grand cœur voisine de palier d’Augustin et mère un peu dépassée d’Angie, va rapidement se demander ce que fricote le capitaine Augustin avec la juge Manon Chanterelle-Lecoq pour qu’ils aient autant de rendez-vous impérieux et d’aussi longs conciliabules téléphoniques.

Car pour cette enquête, Augustin va côtoyer la haute société havraise : la juge déjà citée, jeune veuve séduisante, fille du sénateur Gabriel Lecoq et donc petite-fille d’un notable, bienfaiteur du Havre, Maurice Lecoq, qui fête ses cent ans et sa promotion au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Quels lourds secrets familiaux se cachent derrière cette richesse et cette notoriété acquises rapidement au lendemain de la guerre et capitalisées depuis, c’est ce qui finira par éclater dans une scène finale que n’aurait pas désavouée Hercule Poirot. 

Au passage, Augustin aura fait la connaissance d’un étrange curé mi-bourgeois mi-loubard qui roule en Harley-Davidson et semble fréquenter un des indics de la brigade. Quels autres secrets ce prêtre détient-il réellement ? Augustin aura aussi croisé Snow Kid, un rappeur qui enflamme la Toile et le ministère de l'Intérieur. Bien entendu, Angie n'est jamais loin du capitaine Maupetit, ce qui agace beaucoup d'adultes, à commencer par la juge. Et nous en apprenons un peu plus sur l'excentrique tante Thérèse qui met à nouveau son pendule au service de son neveu.

Une nouvelle fois, les Murail frère et sœur nous ont mitonné une intrigue aux multiples rebondissements, souvent comiques, parfois tragiques voire grand-guignolesques, qui convoque quelques victimes et fantômes de l’Histoire et leurs défenseurs actuels, qui, eux, veulent comprendre d'où ils viennent et ne rien oublier.

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:21) :



Souviens-toi de septembre ! – Marie-Aude et Lorris Murail – l’école des loisirs – 2021 (461 pages – 17 €) - parution mercredi 22 septembre 2021.

PS : Lorris Murail est décédé le 3 août 2021 des suites d'une longue maladie. Sa sœur poursuit désormais seule l'écriture du troisième tome des aventures d'Angie, qu'ils avaient commencée ensemble, jusqu'à la page 150...




 

vendredi 5 février 2021

Angie !

 




Marie-Aude Murail et son frère Lorris n’avaient pas écrit ensemble pour la jeunesse depuis les années 2000, quand ils nous racontaient Golem (2002) à trois avec leur sœur Elvire , alias Moka, et puis, à deux, L’expérienceur (2003), deux romans récemment réédités.

Et voici que l’école des loisirs vient de publier mercredi Angie !,  un roman policier que les deux écrivains, à nouveau associés, ont voulu situer au Havre, leur ville natale, où leur enfance et leurs premiers jeux en commun se sont inventés.

Augustin Maupetit est capitaine à la brigade locale des Stupéfiants. Une course-poursuite en moto parmi les conteneurs de Port 2000 l’envoie brutalement dans le décor et il se retrouve cloué dans un fauteuil roulant pour une durée indéterminée, au troisième étage sans ascenseur de sa résidence. Qui va bien pouvoir descendre faire pisser sa plus fidèle compagne, j’ai nommé Capitaine, une chienne malinoise qui le seconde de son flair infaillible dans toutes ses enquêtes ?

La solution s’appelle Angie Tourniquet, 12 ans, sa voisine de palier qui vit avec sa mère Emma, infirmière à domicile dans le quartier ouvrier des Neiges. Nous sommes en mars 2020, la France vient d’être confinée pour cause de Covid, Angie la collégienne est censée faire l’école à la maison, mais elle va surtout s’incruster chez Augustin et devenir rapidement l’auxiliaire indispensable du policier. Ceci au grand dam de sa mère qui, circonstance aggravante, n’est pas totalement indifférente, elle non plus, au charme rugueux de son voisin, qu’elle découvre grâce au confinement.

Voulant retrouver à tout prix celui qui l’a balancé de sa Yamaha, Augustin, apparemment réduit à l’impuissance, va devoir mener ses investigations par personnes interposées avec des méthodes pas totalement orthodoxes, que sa commissaire Alice Verne, conquête d’un soir et néanmoins supérieure hiérarchique aura le plus grand mal à canaliser.

La mort atroce d’un jeune docker, dont le grand-père est un patient d’Emma, l’implication probable d’un riche importateur de café dans le trafic de cocaïne havrais, qui va faire ressurgir une vieille affaire criminelle mal résolue douze ans auparavant, vont entraîner Augustin, mais aussi Angie et Emma dans une enquête aux multiples ramifications, face à des trafiquants prêts à tout, enlèvements et assassinats inclus, pour protéger leurs filières criminelles.

Alors que la ville portuaire vit à l’heure nouvelle du coronavirus et du confinement, Marie-Aude et Lorris Murail brossent une comédie policière au temps présent, âpre et tendre, sombre et réjouissante. Leurs personnages sont intensément vivants, la trame du récit est serrée, deux marques de fabrique des Murail. Et ainsi, Angie ! est sans doute l’un des premiers grands romans jeunesse à rendre compte de la période si étrange que nous traversons depuis bientôt un an. 

Pour écouter cette chronique (extrait lu à  03:05) :


Angie ! – Marie-Aude et Lorris Murail – 2021 – l’école des loisirs (443 pages, 17 €)

La plume de Marie

  À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...