vendredi 23 mai 2025
Francoeur - À nous la vie de château !
mercredi 16 octobre 2024
Francœur - À nous la vie d'artiste !
vendredi 8 mars 2024
L'Espionne renaît
Comme cela va faire bientôt 6 ans que je ne vous ai pas donné de nouvelles de mon héroïne préférée, l’Espionne, créée par l’autrice Marie-Aude Murail et que ce vendredi tombe un 8 mars, journée internationale des droits des femmes, au rang desquelles je compte la mienne, si du moins je peux employer en ce jour un tel possessif, je vais vous parler de la renaissance de Romarine.
Depuis quelques mois, celle-ci est en effet tombée entre les mains d’une autre femme, en l’occurrence la dénommée Églantine Ceulemans, dessinatrice de grand talent. Bayard jeunesse lui a confié la réédition de toutes les histoires qui avaient été illustrées depuis 2001 par le non moins talentueux Frédéric Joos, soit une vingtaine, toutes parues au départ dans le mensuel J’aime Lire.
Cela donne des petits livres pétillants de malice, à raison de trois récits par volume : quatre sont publiés à ce jour, la saison 4 est parue le 14 février dernier, et si je sais bien compter cela fait 12 histoires nouvellement illustrées, à découvrir par une nouvelle génération de petites têtes blondes ou brunes ou rousses, peu importe, à partir de 7 ans.
Et rassurez-vous, bien que l’Espionne fête cette année ses 23 ans, Romarine, elle, en a et en aura toujours 10.
Mais Églantine Ceulemans ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. La collection BD Kids du même éditeur lui a offert d’accueillir L’Espionne en bande dessinée. Alors elle a retroussé ses manches, a conçu la scénarisation des histoires que Marie-Aude Murail avait écrites et elle a rangé Romarine, sa mère, son père souvent raplapla, sa sœur Boubouillasse et son grand frère Noël, sans oublier son club d’espionnage et sa maîtresse de CM1, l’inventive Mme Maillard, dans des dizaines de petites cases et des centaines de petites bulles. Le tome 3 de l’Espionne en version BD est paru le 17 janvier dernier.
Quand on lui a demandé pourquoi elle avait créé Romarine, Marie-Aude Murail qui jusqu’alors n’avait conçu sur le papier que des héros garçons, a répondu en gros : parce que j’avais une fille de 6 ans pleine de malice. Et elle a précisé :
« Je suis une espionne. J’écoute sans en avoir l’air les conversations dans les cafés et les magasins, je rêve sur les couples qui passent, je fais des hypothèses sur la vie des gens d’après leurs caddies pleins, je laisse parler les enfants autour de moi, j’écoute, je traverse lentement les jardins, les cours de récré, je regarde.
Il est bien évident que je n’ai pas eu d’emblée le projet de faire avec Romarine un personnage qui serait une métaphore de l’écrivain que je suis. Je raconte des histoires et je laisse mon inconscient bricoler tranquille dans son coin. Mais je me suis tout de suite rendu compte que l’Espionne me plaisait par l’énergie qu’elle dégageait et sa manière de rendre le quotidien « très, très intéressant ». Elle m’a fait rire par sa désinvolture, ses petits accommodements avec la morale, son intérêt pour la vie sentimentale des plus grands. J’ai compris qu’elle avait aussi la capacité de m’émouvoir. Comme ma propre fille quand elle me racontait au début des années 2000 ses amours débutantes et ses malices de fille. » Fin de la citation.
Et si nous écoutions maintenant Romarine nous conter sa vie trépidante d’espionne. Ah, la première histoire de la saison 4 s’appelle « L’espionne s’énerve » …
vendredi 1 décembre 2023
Marie-Aude Murail
vendredi 14 avril 2023
Sauveur & fils saison 7
Chères auditrices et chers auditeurs, je suis particulièrement heureux de vous présenter le livre du jour : Sauveur & fils, saison 7, dans les librairies depuis mercredi dernier. Heureux pour des raisons tout à fait personnelles que vous me permettrez de partager avec vous. La première de ces raisons, c'est qu'aujourd'hui est la date anniversaire de mon mariage avec l'autrice de cette série dont vous avez sûrement déjà entendu parler. Cinquante ans, noces d'or ! La deuxième de ces raisons, c'est que Marie-Aude Murail a écrit cette saison 7 avec notre fille, Constance, qui fait ainsi ses débuts en littérature. J'avais écrit en 2018 un court texte, Le mari de l'auteure, dans lequel je racontais cette singulière aventure : avoir assisté et participé - modestement - à l'éclosion d'un écrivain. Je vais devoir ajouter un codicille, Le père de l'autrice. La troisième raison est que le livre m'est dédicacé.
Cette parenthèse familialo-centrée ouverte et refermée, quel intérêt pourriez-vous trouver à acheter et à lire cette nouvelle saison des aventures du plus célèbre psychologue orléanais ? Je ne doute pas que si vous avez lu les six premières, vous allez vous précipiter sur la septième, redoutant déjà qu'elle ne soit la dernière. Tranchons tout de suite cette question : pour l'heure, les autrices n'y répondent ni oui ni non. Que sera sera.
Une autre interrogation pourrait tourmenter celleux qui, tout juste revenus de Mars après 7 ans de voyage interplanétaire, n'auraient jamais entendu parler de Sauveur. Faut-il avoir lu les six premières saisons pour goûter la septième ? Non, les sept volumes de la série se lisent indépendamment, chacun étant précédé d'un court résumé qui campe la situation et les personnages. Le résumé qui ouvre la saison 7 est d'ailleurs étoffé car trois années se sont écoulées depuis la saison 6. Mais attention : si vous lisez la septième, vous risquez de vouloir vous jeter sur la série : les cinq premiers ont été édités au format poche, deux fois moins cher, et le sixième le sera le 21 juin prochain, pour le plus grand bonheur de votre portefeuille.
Donc, malgré tout, si vous arrivez de la planète Mars : Sauveur & fils, c'est l'histoire d'un psychologue de quartier, Sauveur Saint-Yves, né en Martinique comme son fils Lazare, aussi orphelin que son père est veuf. On suit Sauveur conduisant un certain nombre de thérapies, souvent des enfants ou des adolescents, qui reviennent de semaine en semaine. Sauveur a aussi une vie privée qui au fil des saisons, s'est étoffée : de veuf, il est passé au statut de marié, avec Louise, une journaliste de La République du Centre, qui a deux enfants d'un précédent mariage, Alice et Paul, Paul étant l'ami de Lazare. Ce qui devait arriver arriva, Louise a profité des trois années d'interruption de la série pour avoir un troisième enfant, avec Sauveur bien sûr. Il y a donc désormais au 12 rue des Murlins, une petite métisse, Léopoldine, dont la coiffure donne à Louise du fil à retordre, c'est le cas de le dire. La "VéPé" de Sauveur - VP pour "vie privée" - a recueilli aussi au fil des saisons un adolescent, Gabin, un petit garçon orphelin, Grégoire, un vieux légionnaire, Jovo, un chat diabétique, Miou, deux hamsters et deux cochons d'Inde... On pourrait s'y perdre mais l'école des loisirs a demandé à Anne Beauchard de dessiner la maison du psychologue en coupe, dessin qui vous servira de carte pour vous orienter entre tous ces personnages et leurs lieux de vie.
La saison 7 recommence le 8 novembre 2021 et se déroule comme les précédentes sur 5 semaines et quelque 300 pages. On y retrouve entre autres Ella devenue Elliott, Koslowski en état végétatif chronique ; on y découvre Alma qui a demandé à Sauveur de l'aider à animer un cercle de parole pour hommes violents en milieu carcéral, Ariane, une enseignante en burn-out, Luther, un ado disgracié aidant sa mère... Mais ce qui se passe au 12 rue des Murlins ne se réduit pas à un catalogue de troubles psychiques ou de difficultés psycho-sociales. La vie continue à sourdre, de façon intense, à tous les moments privés ou professionnels que traversent les héros de cette série. La source n'est pas tarie, venez y boire !
Pour écouter cette chronique (extrait lu à 04:08) :
Sauveur & fils, saison 7 - Marie-Aude Murail, Constance Robert-Murail - l'école des loisirs (314 pages, 17,50 €)
Pour découvrir autrement mère et fille, on pourra écouter le podcast (66 mn) Des femmes et un Dieu, réalisé par Mathilde Hallot-Charmasson, après leur première collaboration littéraire amorcée lors de la réédition de Jésus, comme un roman (Bayard)
vendredi 21 octobre 2022
Pitsi-Mitsi
dimanche 3 avril 2022
À l'hôtel du Pourquoi-Pas ?
Voilà. Il n'y aura pas d'autre livre publié sous cette double signature, « Marie-Aude et Lorris Murail ». À l'hôtel du Pourquoi-Pas ? clôt une aventure éditoriale de 18 mois, sans doute unique dans les annales de la littérature jeunesse et qui aura abouti à ce qu'on nommera désormais la « trilogie Angie », du prénom de sa jeune héroïne, Angie Tourniquet.
Des circonstances exceptionnelles
Lorsqu'en mars 2020, Marie-Aude revoit son frère Lorris à Bordeaux, celui-ci est déjà atteint par la maladie de Charcot depuis plusieurs mois. Il confie à sa sœur : « je n'écris plus, je me sens devenir invisible ». D'ailleurs, il a sur son disque dur un manuscrit achevé intitulé Capitaine invisible. Ils écoutent ensemble la déclaration de guerre au Covid du président Macron et l'annonce du confinement. Dans la voiture qui la ramène chez elle, Marie-Aude appelle son frère et lui propose d'écrire à deux, comme ils l'ont déjà fait dans le passé. Dès lors va s'engager une sorte de course : jouer la montre contre la mort, écrire jusqu'au bout, au temps présent, celui de l'urgence et de la pandémie. Au téléphone tous les jours pour construire et trouver les idées, et pour pouvoir échanger matin et soir par messagerie les textes et les retravailler. Marie-Aude écrit le jour et Lorris, fidèle à une longue habitude, la nuit. Le soleil ne se couche donc jamais sur le duo créateur. Angie ! Souviens-toi de septembre ! et À l'hôtel du Pourquoi-Pas ? (quelque 1300 pages !) vont naître de cette coopération intensive qui n'aurait pas été possible sans Natalie, l'épouse de Lorris qui va veiller continûment sur lui dans leur maison de campagne, avec le soutien d'une formidable équipe médicale animant cette hospitalisation à domicile (« HAD »).
Lorsque Lorris meurt le 3 août 2021, ils en sont à la page 150. Lorris a envoyé ses derniers fichiers vocaux courant juillet : « Continue sans moi ! ». Marie-Aude lui a promis de terminer l'histoire en cours. Elle lui envoie jusqu’au bout les textes que sa fille Orane, à son chevet, lui lit à voix haute. Avant de terminer, seule.
Un thriller
Ce troisième et dernier volet reprend les personnages principaux campés dans les deux premiers : Angie et sa copine Rose-May, Emma la maman infirmière, leurs voisins de palier, le capitaine Augustin et Capitaine le chienne renifleuse de la brigade des Stups, Thérèse, la pittoresque tante adoptive d'Augustin, Alice Verne la commissaire amoureuse, l’homme de la PJ, le commissaire Félix Hautecloche et bien sûr Xavier Sitbon, le père d'Angie. Cette galerie va s'enrichir d'un commandant de police en délicatesse avec l'institution, René Lamblin, éjecté aussi de chez lui par sa femme qui l'a sommé de choisir entre un monceau d'archives poussiéreuses entassées dans leur garage et... elle ! Profitant du désœuvrement temporaire d'Augustin, sur la touche depuis l'affaire Lecoq, Lamblin va l’attirer dans son univers d'affaires classées et non résolues qui vont vite passionner… Angie et Rose-May. Vont entrer en scène une autrice de polar aussi célèbre que mystérieuse, Cornelia Finch et un tueur psychopathe qui l'a peut-être inspirée à ses débuts. En s’attachant à un « cold case » qui ressemble étrangement à une des intrigues de la reine du polar - l'enlèvement d'un jeune enfant à bord du paquebot France en 1972 – Augustin ignore à quel point cette affaire va le concerner personnellement.
Mais quand deux puis trois jeunes femmes sont découvertes étranglées, c'est une brûlante actualité criminelle qui se rappelle à nos deux policiers plantés devant leur buffet froid. Cette fois encore, c’est Angie, qui traine au bureau des affaires classées, qui va avoir les bonnes intuitions. Mais, à s'approcher d’un tueur en série au point de le défier en compagnie de Rose-May avec leur « Chaîne du Crime » postée sur YouTube, ne risque-t-elle pas de mettre sa propre vie en danger ?
Marie-Aude et Lorris Murail ont écrit un thriller à l'intrigue implacable. On a rarement invité un jeune lecteur à se mettre dans la tête et dans la vie quotidienne d'un psychopathe père de famille. Le conte d'avertissement est terrible. Mais le cheminement parallèle d'Augustin vers ses propres origines en fait aussi un récit d'apprentissage. Ce temps manquant et reconstitué va permettre au capitaine de se débarrasser des fantômes qui avaient entravé jusqu'ici sa vie amoureuse et d'alléger le dénouement de la trilogie. Alors, à votre avis, qui va-t-il choisir, Emma ou Alice ? 🙂
Pour écouter cette chronique :
À l'hôtel du Pourquoi-Pas ? - Marie-Aude et Lorris Murail - l'école des loisirs - 23 mars 2022 (409 pages, 17 €)
lundi 20 septembre 2021
Souviens-toi de septembre !
C’est bien connu : on ne change pas une équipe qui gagne fût-elle composée d’un capitaine de police en rupture de ban, d’une collégienne hypermnésique en rupture de banc (d’école) et d’une sniffeuse de coke à quatre pattes. C’est bien ce trio que l’on retrouve en partie masqué sur la couverture de Souviens-toi de septembre ! le nouvel opus promis par Marie-Aude et Lorris Murail après Angie ! paru en février. Et ce sont bien Augustin, Angie et Capitaine (ouah ouah !) qui nous entraînent dans une nouvelle aventure, aussi havraise que la précédente, mais qui plonge cette fois ses racines dans un passé plus lointain : la seconde guerre mondiale et singulièrement le bombardement anglais du 5 septembre 1944 qui détruisit en grande partie le port normand que l’armée allemande occupait toujours, trois mois après le débarquement allié.
Comment l’onde de choc de cette destruction massive et ses effets collatéraux ont pu se propager jusqu’au cœur du Havre confiné de l’année 2020, c’est ce que va démêler peu à peu Augustin, embarqué dans une enquête où ses méthodes aussi intuitives que peu orthodoxes vont faire merveille, au grand dam de sa supérieure hiérarchique, la commissaire Alice Verne. Celle-ci reste trop embarrassée par les sentiments qu’elle continue à nourrir pour le capitaine pour parvenir à le contrôler ou du moins à le canaliser. Lequel Augustin feint, plus ou moins bien, de ne rien deviner des sentiments en question, dont il tire en douce sa plus grande liberté.
Une fois de plus, entraînée par Augustin, la brigade des Stups va être impliquée dans une affaire qui ne la regarde pas et se trouver en concurrence avec la Crim’ dirigée par le commissaire Hautecloche. Celui-ci serait depuis longtemps en burn-out n’étaient les repas mitonnés par Nelly son avantageuse épouse et fidèle conseillère ès énigmes.
La commissaire Alice Verne, déjà jalouse d’Emma, l’infirmière au grand cœur voisine de palier d’Augustin et mère un peu dépassée d’Angie, va rapidement se demander ce que fricote le capitaine Augustin avec la juge Manon Chanterelle-Lecoq pour qu’ils aient autant de rendez-vous impérieux et d’aussi longs conciliabules téléphoniques.
Car pour cette enquête, Augustin va côtoyer la haute société havraise : la juge déjà citée, jeune veuve séduisante, fille du sénateur Gabriel Lecoq et donc petite-fille d’un notable, bienfaiteur du Havre, Maurice Lecoq, qui fête ses cent ans et sa promotion au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Quels lourds secrets familiaux se cachent derrière cette richesse et cette notoriété acquises rapidement au lendemain de la guerre et capitalisées depuis, c’est ce qui finira par éclater dans une scène finale que n’aurait pas désavouée Hercule Poirot.
Au passage, Augustin aura fait la connaissance d’un étrange curé mi-bourgeois mi-loubard qui roule en Harley-Davidson et semble fréquenter un des indics de la brigade. Quels autres secrets ce prêtre détient-il réellement ? Augustin aura aussi croisé Snow Kid, un rappeur qui enflamme la Toile et le ministère de l'Intérieur. Bien entendu, Angie n'est jamais loin du capitaine Maupetit, ce qui agace beaucoup d'adultes, à commencer par la juge. Et nous en apprenons un peu plus sur l'excentrique tante Thérèse qui met à nouveau son pendule au service de son neveu.
Une nouvelle fois, les Murail frère et sœur nous ont mitonné une intrigue aux multiples rebondissements, souvent comiques, parfois tragiques voire grand-guignolesques, qui convoque quelques victimes et fantômes de l’Histoire et leurs défenseurs actuels, qui, eux, veulent comprendre d'où ils viennent et ne rien oublier.
Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:21) :
Souviens-toi de septembre ! – Marie-Aude et Lorris Murail – l’école des loisirs – 2021 (461 pages – 17 €) - parution mercredi 22 septembre 2021.
PS : Lorris Murail est décédé le 3 août 2021 des suites d'une longue maladie. Sa sœur poursuit désormais seule l'écriture du troisième tome des aventures d'Angie, qu'ils avaient commencée ensemble, jusqu'à la page 150...
vendredi 5 février 2021
Angie !
La plume de Marie
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