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vendredi 9 décembre 2022

Nos étés sauvages


Sans lutte
voler des souvenirs
à tue-tête

« Il ne vous a pas échappé, chères auditrices et auditeurs, que se tenait la semaine passée à Montreuil l’événement annuel le plus important pour la littérature jeunesse : le « SLPJ », le salon de la presse et de la littérature jeunesse en Seine-Saint-Denis. Tous les éditeurs français, des plus grands aux plus petits y donnent rendez-vous à leurs auteurs et autrices et à celleux qui les lisent et viennent acheter et faire dédicacer leurs livres préférés (et ceux qu’iels offriront à Noël).

Samedi dernier, donc, au hasard de mes déambulations dans les travées du salon, un peu ahuri comme chaque année par la profusion des offres, j’ai croisé la route de Marie Boulic, dont le premier roman vient d’être édité par Thierry Magnier et qui siégeait sagement derrière sa table, comme si elle n’attendait que moi.

Comme l’hiver approche, j’ai jugé immédiatement que Nos étés sauvages était un titre tout à fait de saison. La couverture montre deux jeunes plongeuses, une brune bien hâlée, à cheveux courts et une blonde diaphane à cheveux longs, qui lorgne vers son intrépide amie, comme si elle s’inquiétait déjà des profondeurs où celle-ci va l’entraîner.

Tous les étés, en effet, la blonde Ninon vient retrouver sur son île la brune Maïwenn, qui la pousse sans attendre vers l’océan pour y sauter et y nager, de plus en plus haut, de plus en plus loin : ce qu’elles nomment entre elles leurs « défis », sans qu’on sache vraiment de qui chaque défi tire sa force, de celle qui l’attend ou de celle qui le propose, de Nine ou de Maï, puisque la répétition des étés qui les a vues grandir a aussi diminué leurs prénoms.

Pourtant, cet été-là, Nine arrive mystérieusement fatiguée. Elle ne veut pas se jeter tout de suite à l’eau. Elle procrastine sur la plage et nous sentons confusément avec Maï, qui le redoute, que rien peut-être ne sera plus comme avant entre les deux adolescentes. À coups d’analepses successives, « dix ans plus tôt, elles ont six ans » - c’est l’année de leur rencontre - jusqu’à « deux ans plus tôt, elles ont quatorze ans », ponctués de quelques haïkus, Marie Boulic nous raconte ce qui s’est noué tout au long de ces étés solaires et océaniques entre lesquels Nine et Maï grandissaient loin l’une de l’autre, dans l’impatience de se retrouver. 

Cet été-là, tiens, c’est nouveau, il y a aussi des garçons. Maï présente Raphaël à Nine, qui les observe. Puis il y a Maxime, un copain de Raphaël. Vont-ils changer la donne entre les deux amies ? Vont-ils modifier l’attitude des parents, ceux de Nine plus stricts, qui ont d’autres raisons aussi de veiller sur leur fille. Maï a sa réputation « d’excitée de service », « d’agitée », de « fofolle » incontrôlable…

Cet été-là, il y a donc une tension palpable, dont l’autrice tarde à nous révéler l’origine. Quand Maï lance son nouveau défi de nage en pleine mer, rejoindre la tour de l’île du Chien, Nine pourra-t-elle la suivre ? Marie Boulic déchaîne alors un de ces orages dont la côte bretonne a le secret et qui pourrait bien emporter à jamais les deux amies, malgré leurs combinaisons et leurs bouées de nageuses en haute mer…

Avec cet intense roman d’amitié et d’apprentissage, Marie Boulic effleure aussi la sauvagerie ordinaire des filles, de l’enfance à l’adolescence, leurs rires sous cape et leurs provocations complices. L’autrice nous prend fermement par la main, sans qu’on n’y prenne garde et nous impose de vivre avec ses héroïnes un crescendo solaire qui flirte avec la mort. On en ressort aussi heureux et grelottant que rincé et soulagé. Avec ce goût du sel et cette odeur du vent qui donnent envie de revenir l’année prochaine. N’est-ce pas, Marie Boulic ? »

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:45) :



Nos étés sauvages
Marie Boulic – éditions Thierry Magnier – 2022 (260 pages, 14,90 €)


vendredi 23 novembre 2018

Comment maman a tué le chef des pamplemousses



Comment parler aux enfants de la grave maladie qui s'est invitée dans la famille, en l'occurrence le cancer de maman ? Pascale Bougeault, autrice-illustratrice a relevé ce défi, dans un album à la fois précis et délicat, grâce à Camille Genié qui lui a raconté son parcours.


Pascale Bougeault a choisi de se mettre à hauteur d'enfant, un petit garçon qui raconte ce qui arrive à sa maman, et incidemment à son papa, sous le regard attentif de la grenouille Gilles, une peluche verte qui ne le quitte pas.

L'album n'esquive pas les moments difficiles de la maladie : le départ spectaculaire aux urgences, dans le bruit des sirènes, les étapes d'un traitement au long cours, les chambres d'hôpital, la perte des cheveux masquée par une jolie collection de foulards, etc.

Le "pamplemousse", c'est le lymphome qui s'est installé dans les poumons de maman. C'est le docteur qui invente cette métaphore pour le petit garçon, qui a besoin d'explications simples. Celui-ci va s'en emparer avec son imagination et Pascale Bougeault avec ses pinceaux.

Il y a des scènes très bien vues comme celle du papa  et du fils mangeant ensemble une pizza et des chips, affalés sur le canapé du salon. Le papa essaie de rassurer son garçon mais celui-ci n'est pas dupe : "Ne t'inquiète pas, m'a dit Papa avec un air plutôt inquiet", air qui n'a pas échappé au fils.

Grave et léger, cet album permet d'aborder ce thème délicat avec un enfant qui y est confronté directement ou indirectement. C'est aussi un discret hommage au personnel soignant, qui prend la pose sur la couverture. A la fin, un petit glossaire donne le sens de mots techniques supplémentaires, qui ne sont pas utilisés dans le corps du texte mais sur lesquels un enfant peut s'interroger car il les entend nécessairement prononcer, avec leur charge menaçante, dès lors qu'il vit dans l'entourage d'une personne atteinte d'un cancer et qui se fait soigner.

Écouter cette chronique (extrait lu à 2:02) :



Comment maman a tué le chef des pamplemousses - Pascale Bougeault, avec Camille Genié - Rue de l'Échiquier jeunesse - 2018 (40 pages, 15 €)

La plume de Marie

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