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vendredi 12 janvier 2024

Hélène et les disappearing gamers

 


Les éditions Syros ont créé depuis quelques années déjà une collection de romans, baptisée Tip Tongue, qui propose des histoires qui glissent progressivement du français à une langue étrangère : anglais, allemand, espagnol notamment. Le lecteur voit en quelque sorte sa langue maternelle glisser sous ses pieds tel un tapis pour être remplacée par une langue dite étrangère mais qui paraît l’être de moins en moins au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans le récit.

L’un des livres de cette collection m’est tombé entre les mains pendant ces fêtes et je l’ai lu avec grand plaisir. Son titre : Hélène et les disappearing gamers. Son auteur : Nicolas Labarre.

Une adolescente dont les parents sont divorcés et qui est en garde alternée revient un vendredi sur deux chez son père. En rentrant chez lui ce vendredi, elle le trouve évanoui, affalé sur le clavier de son ordinateur encore allumé. L’hôpital ne parvient pas réellement à poser un diagnostic sur son père, qui est bel et bien tombé dans le coma mais dont les jours ne semblent pas en danger. 

Immédiatement, Hélène soupçonne le jeu que son père était en train de tester, avant sa commercialisation avec 100 000 autres joueurs de par le monde. Et elle décide de mener son enquête aidé par Glenn, le fils, anglais, du nouveau compagnon de sa mère. Elle s’aperçoit alors que d’autres joueurs du réseau de ceux qu’on appelle des « bêta-testeurs » portent le nom de son père et qu’ils semblent avoir eux aussi disparu (d’où le titre à moitié anglais).

Le dispositif romanesque mis en place par l’auteur lui permet d’esquisser des dialogues entre Hélène et Glenn qui font progresser l’anglais de son héroïne – et aussi du lecteur - sans avoir recours en permanence à un dictionnaire. Le pari de cette collection semble réussi. Avec une connaissance de l’anglais, même élémentaire, vous aurez l’impression d’avoir été peu à peu immergé dans un bain de langue et vous serez étonné d’y nager à votre tour aussi à l’aise qu’Hélène.

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 02:35) :


Hélène et les disappearing gamersNicolas Labarre - Syros, collection Tip Tongue (115 pages, 6,95 €)


vendredi 20 octobre 2023

Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne

 


Grand Prix de l'Imaginaire 2024

Fermez les yeux et imaginez. Nous sommes en 2069. Rouen est la capitale française de la Fédération européenne depuis que Paris a dû être abandonnée. Au début de ce que tout le monde nomme désormais la Décennie terrible, la fièvre de Marburg a décimé le monde, tuant 15 % de la population et provoquant une refondation politique de l’Europe ravagée par le virus. Ce monde nouveau n’est pas parfait. Il est même profondément inégalitaire car la Fédération a laissé tout une partie de la population à l’extérieur, dans une zone misérable baptisée le Dehors, où vivent aussi beaucoup d’opposants à la fédération, qu’on nomme les « zops ».

L’héroïne de l’histoire, Ada Veen, a 17 ans. C’est elle « la fille qui ne voulait tuer personne », dont Jérôme Leroy conte l’histoire. De cet auteur, je vous avais présenté ici une trilogie, Lou après tout, parue en 2019-2020, une dystopie dont on retrouve ici certains éléments d’ambiance et de décor. 

Ada Veen est une « fille de », en l’occurrence de Clara Klein-Veen, vice-gouverneur de l’État français. On apprend rapidement qu’un référendum d’initiative populaire a provoqué le rétablissement de la peine de mort, largement contre l’avis de son actuelle présidente, Agnès Cœur, compagne de la Refondatrice, Vigdis Mendoza. Ce rétablissement a toutefois été assorti d’une condition terrible : que ce soit non pas un bourreau professionnel qui l’applique, mais un citoyen tiré au sort dans le pays. Loterie monstrueuse et écrasante responsabilité que celle d’appuyer sur un bouton et d’assister en direct à la mort du condamné, retransmise par la télévision.

L’histoire commence réellement quand Ada Veen est tirée au sort à son tour et se rebelle, refusant d’appliquer la sentence de mort. Elle, la Pionnière jusqu’ici modèle qui faisait la morale à tout le monde, elle qui, à l’âge de cinq ans, a dénoncé aux autorités son propre père qu’elle avait surpris en train de fumer, comportement absolument prohibé, n'a d'autre choix que de s’enfuir pour échapper à son devoir de citoyenne. Dans sa fuite, sa toute-puissante mère ne va pas être la dernière à lui mettre des bâtons dans les roues, car ses ambitions politiques pourraient être contrariées si le comportement hors-la-loi de sa fille éclatait au grand jour.

Ada doit d’abord s’enfuir dans le Dehors et elle va pouvoir le faire avec la complicité de Jason, un garçon dont elle est tombée amoureuse en dépit de l’infirmité dont il est affligé de naissance : il n’a qu’un œil dans un visage difforme. Mais il lit du Nerval, écrit de la poésie et fréquente un groupe qui s’est baptisé du nom du poète, le Gang Nerval.

Le récit à deux voix de Jérôme Leroy est celui de cette fuite, dramatique, vers la République libertaire du Portugal, dernier îlot de liberté et siège de la Douceur, une utopie déjà évoquée dans Lou après tout. Au passage, Ada retrouvera Boris, son grand-père, sorte de médecin sans frontières qui s’est mis au service des gens du Dehors. Elle aura aussi par lui des nouvelles de son père, dont elle ne savait qu’elle avait été le sort, après qu’elle l’avait dénoncé 12 ans auparavant. Les deux adolescents parviendront-ils au terme de leur périple ? C’est tout l’enjeu du roman, conduit par Jérôme Leroy avec le sens du suspense dramatique qu’on lui connaît.

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:25) :


Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne - Jérôme Leroy - 2023 - Syros (363 pages - 17,95 €)

vendredi 6 octobre 2023

Fantomatique Road Trip


Un premier roman est toujours un petit événement. Pour l’auteur ou l’autrice, évidemment, qui vient de franchir victorieusement les portes d’un éditeur, souvent après plusieurs tentatives infructueuses. Mais pour les lecteurs et lectrices aussi, curieux de découvrir une nouvelle plume et ce qu’elle ajoute dans le paysage éditorial et deviner ce qu’elle promet.

Cette semaine, Litté’Jeune accueille Mathilde Payen pour un premier roman jeunesse intitulé Fantomatique Road Trip. Son titre franglais dévoile une partie de son intrigue, car il y est bien question d’une aventure itinérante qui va croiser un jeune fantôme et passer par l’Angleterre.

Pour Ninon et June, c’est peut-être le dernier été d’insouciance qui s’offre à elles. A la rentrée prochaine, elles seront en Terminale. Et Ninon qui vient de découvrir un vieil atlas routier annoté n’a soudainement plus qu’une idée : partir par des petites routes jusqu’au bord de la mer, se baigner et revenir, le tout à l’insu des parents auxquels chacune aura fait croire qu’elle passe des vacances avec sa copine.

Moyen de locomotion : un vieux Solex et une remorque, à retaper dare-dare. Avec l’aide de Lewis, trop casanier pour se lancer dans l’aventure avec ses amies, Ninon et June vont réussir à faire redémarrer le Solex et à réparer la carriole. La grande évasion peut commencer. Leur première nuit en forêt, à la belle étoile, ne va pas être de tout repos. En route, le Solex va faire des siennes aussi. 

Mais ce qui les attend un peu plus loin, dans une maison abandonnée qu’elles vont explorer avec deux garçons du coin, va donner un tour nouveau à leur escapade. June met la main sur une correspondance vieille de 40 ans adressée un certain Louis, le fils de la maison, décédé dans un accident de voiture. Quand des bruits inexpliqués se font entendre dans la maison, les quatre ados sortent en panique. Plus de peur que de mal.

Mais le lendemain, quand June et Ninon reprennent la route, elles se retrouvent escortées par un garçon qui n’est autre que Louis, le destinataire de la correspondance, le garçon mort il y a si longtemps, en un mot : un fantôme. Comme tout bon ectoplasme, il n’est visible que des deux filles, auxquels il va confier que pour s’effacer définitivement de la Terre, il doit absolument retrouver Diane, la rédactrice des lettres. Et qu’alors seulement, il pourra disparaître de la vue des humains et reposer en paix.

Grâce à Internet, les filles vont retrouver la trace de Diane… en Angleterre, à Oxford exactement. Vont-elles être assez débrouillardes pour franchir le Channel, est-ce que les parents découvrant la supercherie et sans nouvelles de leurs filles ne vont pas lancer à leurs trousses toutes les polices de France et de Grande-Bretagne ?

Mathilde Payen nous entraîne à la suite du trio improbable des deux filles et du fantôme et nous les suivons volontiers au travers des multiples embuches qui jalonnent leur voyage. Ce roman, c’est un peu le journal de bord de June, qui nous conte tout par le menu, jour après jour et heure après heure.

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:07) :



Fantomatique road tripMathilde Payen – Syros (325 pages, 17,95 €)


vendredi 28 avril 2023

L'Altus



Quatre collégiens, trois garçons et une fille, vivent dans une petite commune rurale, La Marquèse, tranquille jusqu’au jour où une multinationale minière s’abat sur elle à la recherche de terres rares. Les terrassements et les fouilles qui bouleversent le paysage alentour mettent à jour l’entrée de la  cave d’une maison disparue depuis longtemps. En l’explorant, Marcelin, Tom, Will et Léa découvrent un mystérieux coffre noir qui suscite leur intense curiosité, d’autant qu’il résiste à toutes leurs tentatives d’ouverture… Il se passe enfin quelque chose à La Marquèse !

L’aventure commence réellement quand Marcelin, cloué depuis l’enfance dans un fauteuil roulant, réussit le premier à l’ouvrir. Une lumière bleue en jaillit, aveuglante comme un soleil, avant que le coffre ne se referme aussi inexplicablement qu’il s’était ouvert. Marcellin se remet de sa frayeur mais disparaît de la circulation pendant plus d’une semaine. Quand il revient voir ses amis, il sait qu’il va leur faire une grosse surprise : il est sur ses jambes, il remarche !

À partir de ce que les médecins du garçon n’expliquent pas et que faute de mieux, il faut bien nommer un « miracle », la vie des quatre amis va changer, chacun voulant à tour de rôle, mais non sans appréhension, tester le coffre, qui semble vouloir – et pouvoir – exaucer le vœu le plus secret de celui ou celle qui parvient à l’ouvrir par son seul désir, fût-il inconnu… 

Mais quand Michaël Beuldecke, dit Mollard Boy, entre en scène, rien ne va plus pour les quatre ami•es. La petite frappe qui terrorisait déjà les gamins de l’école primaire – Tom en avait fait la triste expérience – est de retour à La Marquèse. Il est devenu une sorte de sociopathe ultra-violent et incontrôlable. Le roman d’aventures adolescent devient un thriller quand un soir les quatre amis arrachent aux griffes de Mollard Boy une jeune fille, Annie, grâce à l’intervention d’un marginal, Sam, un ami de Tom. Annie finit par leur avouer qu’elle détient, dans l’immense bibliothèque de son père de vieux livres qui parlent de l’Altus : l'Altus, c’est le nom du coffre mystérieux. Une course va s’engager avec le sociopathe pour la possession de l'Altus et de son pouvoir secret. Mais un jour, nouveau drame : Tom disparaît...

L’Altus est le premier roman jeunesse d’Alexandre Robert, un enseignant-chercheur en biologie. L’auteur nous entraîne dans une histoire haletante aux frontières du fantastique, où s’invite la lutte éternelle du bien et du mal. Tom en a-t-il été la victime ? Le coffre est-il bénéfique ou maléfique ? Quel est notre souhait le plus secret et surtout que deviendrions-nous s’il était exaucé ?

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 02:42 ) :


L’Altus – Alexandre Robert –Syros (274 pages, 17,95 €) 


La plume de Marie

  À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...