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vendredi 10 novembre 2023

La saison des disparus



 Aimez-vous les romans de Jane Austen ? Appréciez-vous les romans policiers ? Si vous répondez oui à ces deux questions, vous devriez A-DO-RER La saison des disparus, un livre de Matthieu Sylvander qui conjugue admirablement ces deux atmosphères a priori si différentes.

Côté Austen, nous avons évidemment deux jeunes filles de la bonne – quoique provinciale – société anglaise, qui s’apprêtent avec fébrilité à entamer leur première Social Season à Londres. Cette saison particulière, qui s’ajoute aux quatre que nous connaissons bien est celle pendant laquelle l’Angleterre rassemble à Londres tout ce qu’elle compte de ladies et de gentlemen afin d’y renouer les liens tissés au cours des précédentes Seasons. C’est une succession de présentations à la cour royale, de réceptions, de bals et de sorties, destinées à faire se rencontrer des célibataires méritants et des jeunes filles à marier, sous l’œil exercé d’une parentèle vigilante.

Les sœurs Morwood, Eleanor et Eliza, deux brunes piquantes, qui vivent dans leur manoir d’Applefall Mansion, sont évidemment parées de toutes les grâces mais affichent aussi quelques petites différences. Si Eleanor, à peine 18 ans, a appris le français, le piano et lu tout Jane Austen, sa mère ayant décidé qu’elle devait lui ressembler en tout point, Eliza, d’un an et demi sa cadette, a été initiée par son père au calcul infinitésimal et fait preuve d’un débordement d’énergie que les mathématiques ne parviennent pas toujours à canaliser.

Tout est prêt pour que les sœurs Morwood débarquent à Londres accompagnées par leur mère, lorsqu’une série d’incidents vont les remettre entre les mains de Daisy Backburn, leur tante, une célibataire apparemment endurcie. Mais l’histoire va démontrer le contraire, pour la plus grande liberté de ses deux nièces qui vont être lâchées dans Londres.

Une fois à Londres, la Season semble répondre à tous les vœux des deux jeunes filles, et l’accueil des époux Petticoat va leur fournir une base confortable pour leurs raids sur le grand monde. Rapidement, des jeunes gens plus ou moins fortunés vont s’intéresser aux deux sœurs et tout serait allé de mieux en mieux si la curiosité d’Eliza ne s’était pas emparée d’un inquiétant fait divers : la disparition d’enfants dans plusieurs villes d’Europe. Y aurait-il sur le continent un ogre et si oui, pourquoi l’Angleterre serait-elle épargnée par lui ?

Lors d’une soirée donnée par la duchesse de Kenthumberland, qui est traditionnellement le clou de la Season, Éliza et Éléanor son confrontées à un mystérieux Valaque de Valachie,  le comte Munte, qui offre à l’assemblée un spectaculaire numéro de dressage d’abeilles. De mystérieux, ce comte doué de pouvoirs occultes va devenir inquiétant. Jusqu’au moment où il enlève Éléanor pour forcer sa sœur Éliza à le suivre dans une entreprise utopique et terrifiante issue de son cerveau délirant.

C’est alors que la saison se clôt brutalement pour les deux sœurs, l’une partant à la poursuite de l’autre, jusqu’en France et bientôt en Valachie, accompagné de trois fidèles, Victor le journaliste français du Daily Morning qui en pince pour Éliza, Mylord le costaud riche qui aime  Éléanor et dont la disparition lui est insupportable et Ben, son ami d’enfance et de collège qui se ferait tuer pour lui.

Matthieu Sylvander a retrouvé la douce ironie, souvent piquante, parfois toute en sous-entendus, qui caractérise l’univers de Jane Austen. Au point qu’on croirait parfois lire une traduction d’un roman anglais. En lui ajoutant une intrigue policière, l’auteur pimente singulièrement la deuxième partie de son livre d’une course poursuite haletante à travers la France et l’Europe centrale.

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:50) :


La saison des disparus – Matthieu Sylvander – l’école des loisirs – 2023 (460 pages, 17,50 €)



vendredi 2 juillet 2021

L'ange obscur

 


Je ne sais pas vous, mais pour moi, l’été, c’est le temps des polars qu’on lit dans le train, entre une sieste et une baignade ou pendant les longs trajets monotones sur autoroute, si on a la chance d’avoir un conducteur ou une conductrice à bord. C’est pourquoi j’ai choisi de vous en présenter un pour cette dernière chronique de la saison 2020-2021, un roman que les ados accepteront sûrement de prêter à leurs parents après l’avoir dévoré.

Avec L’ange obscur, les éditions Syros viennent  en effet de nous offrir un deuxième policier de Danielle Thiéry. J’attendais la suite de Cannibale, de la même autrice, paru l’an dernier, qui, vous vous en souvenez peut-être, avait laissé en suspens le destin criminel d’une certaine Roxane. Celui-ci est réglé provisoirement en deux lignes dans le corps de cette nouvelle histoire : elle a été arrêtée avec son père et tous les deux sont incarcérés à la prison de Fleury-Mérogis. Le capitaine Marin et sa fille Olympe pourraient donc souffler un peu mais ils vont repartir dans une autre aventure dont ils se seraient bien passés. Mais pas nous : les lecteurs de polars sont de grands égoïstes.

Quand Olympe apprend qu’une équipe de tournage vient de débarquer à Épinal et recherche des figurants, elle n’hésite pas une seconde. Elle veut profiter à tout prix de cette opportunité et se présente avec son amie Salomé à l’hôtel où a lieu le casting. Anticipant un refus de son père, elle a choisi de se passer de l’autorisation de ses parents et donc de mentir sur son nom – elle emprunte le nom de sa mère – et sur son âge car en cette année du bac, elle est encore mineure.

La voilà retenue et mieux encore : pour une raison qu’elle ignore, elle va être sélectionnée par Gala Anton, l’assistante de production, pour jouer un des rôles principaux et donner la réplique à de vrais acteurs. D’autant plus vrais que dans le rôle titre, le producteur a engagé le principal protagoniste d’un fait divers tragique qui s’est déroulé dix ans auparavant et dont s’inspire étroitement le scénario. Vince de Mestre, c’est lui « l’ange obscur » qui vient de passer dix ans en prison pour un crime qu’il nie toujours avoir commis. Comme il est proche de la sortie, le juge d’application des peines a autorisé sa participation, dûment encadrée, au tournage du film. Quand Olympe commence à travailler avec lui les premières scènes, elle tombe amoureuse sans même s’en rendre compte de ce mauvais garçon à la gueule d’ange.

Mais voilà qu’un soir Vince s’évanouit dans la nature, alors que le jeune homme aurait dû réintégrer sa cellule en fin de journée. L’alerte est rapidement donnée et l’inquiétude croît quand on s’aperçoit qu’Olympe a disparu elle aussi. Vince va-t-il répéter le crime qu’il a commis, sur Olympe qui ressemble tant à sa première victime ? Ou bien alors Olympe amoureuse est-elle complice de sa fuite ? Le tournage est stoppé net et se transforme en thriller. 

Danielle Thiéry fait revivre l’effervescence et les aléas du cinéma en train de se faire avant de nous faire basculer dans une traque haletante contre un adversaire qui n’est peut-être pas celui qu’on croit. Comme dans toutes les disparitions, le temps est compté, en heures qui s’étirent puis en jours qui s’allongent. L’enquête se déploie dans toutes les directions possibles : le capitaine Anthony Marin ne néglige aucune piste et ne dormira pas avant d’avoir retrouvé sa fille.

L’ange obscur – Danielle Thiéry – Syros – 2021 (473 pages, 17,95 €)


La plume de Marie

  À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...