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lundi 27 octobre 2025

L'appel de la brume


1920, Belle-Île-en-Mer

Une petite fille sort de chez elle en pleine nuit, une lampe à pétrole à la main. Elle doit marcher un bon kilomètre pour aller débloquer la sirène de brume qui prend le relai du phare aveuglé par le brouillard.

C'est la première fois. Alice a huit ans. D'habitude, c'est Pierre son grand frère qui dépannait leur père, le gardien perché 52 m plus haut. Mais Pierre est parti à la guerre en 1918 et n'est pas encore revenu, porté disparu après la fin des combats. Alice doit donc affronter seule la brume, la nuit et ses fantômes qui vont l'accompagner jusqu'à la sirène.

Le chemin que suit Alice lui vaut parcours initiatique, comme toutes les premières fois menées jusqu'au bout. Alice donne la main à sa peur, alimentée par les légendes de l'île autant que par les gueules cassées revenues du front. Images et imagination s'entre-nourrissent tandis que la brume a dérobé ses formes à la nature environnante.

Restent les sons ouatés de l'océan qui se rapproche, seul repère qui guide la petite Lili. Alice grandit à chaque pas qu'elle fait et lorsqu'au retour, elle aura rejoint son père en haut du phare, elle aura décidé avec lui qu'il n'est plus temps d'attendre Pierre, mais de le rechercher.

Chapitre après chapitre, Marie Boulic nous fait cheminer avec son Alice, qui égrène ses peurs et les surmonte les unes après les autres. Au bout de la nuit, n'est-ce pas une autre Alice qui est née ?

 L'appel de la brume - Marie Boulic - Thierry Magnier (106 pages, 12,90 €)

vendredi 24 novembre 2023

Tout va bien



 Ce n'était peut-être pas une bonne d’idée de se marier en Ukraine le jour du déclenchement de l’opération militaire spéciale de Vlad-le-Mauvais ! C’est pourtant ce qu’ont voulu Oksana et Oleksandr, deux officiers de l’armée ukrainienne. En guise de robe de mariée, Oksana porte un treillis, des Rangers boueuses et une Kalachnikov mais au dernier moment, tante Dascha a apporté une brassée de fleurs de prunier et a pu lui tresser une couronne de mariée. La petite Nastja est très fière de sa grande sœur quand le maire et le père Nikolaï, à peine descendus de leur 4X4, marient les jeunes militaires en deux formules et une bénédiction. La fête est malheureusement vite interrompue par les premiers bombardements qui forcent Oksana à troquer précipitamment sa couronne de fleurs contre un casque et à partir à toute vitesse vers le front, avec son mari à peine épousé.

Après ce prologue de fête-malgré-tout, Xavier-Laurent Petit a voulu retracer dans ce nouveau roman, intitulé ironiquement Tout va bien, les premiers jours  de la guerre russo-ukrainienne, subie par une famille d’artistes,  lui pianiste et elle contrebassiste. Leur fille Nastja a une dizaine d’années. Il y aussi la tante Dasha qui s’est mise immédiatement à confectionner des cocktails Molotov dans sa cuisine et surtout la grand-mère, Babusja qui a perdu la tête et chantonne à longueur de journée des comptines enfantines.

L’auteur nous fait vivre l’irruption brutale de la guerre, les premiers bombardements qui vont décider très vite le père à mettre sa famille à l’abri en lui faisant passer la frontière à l’Ouest du pays. Chacun entasse quelques affaires dans la Dacia, y compris la contrebasse de Polina, et c’est la route de l’exode, un voyage interminable dans les bouchons, le froid, avec la grand-mère qui, dans le fond de la voiture, chante imperturbablement ses comptines. Car il n’était pas question de l’abandonner sous les bombes. Pas plus qu’il ne sera question pour le pianiste d’abandonner la lutte.

Peut-on mettre la guerre en roman ? Xavier-Laurent Petit a choisi de raconter non la guerre mais ses dégâts collatéraux. Il explique dans un « dernier mot », à la fin du livre, comment ce récit est né, s’est imposé à lui après une rencontre en collège en mars 2022, du côté de Saint-Nazaire. Tout est faux et tout est vrai mais ses mots ont bien plus de poids que toutes les images que nous avons vues depuis vingt et un mois. Car c’est Nastja qui raconte la guerre à hauteur d’enfance. 

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 02:42) :


Tout va bienXavier-Laurent Petit – l’école des loisirs (252 pages - 12,50 €)


lundi 20 septembre 2021

Souviens-toi de septembre !



C’est bien connu : on ne change pas une équipe qui gagne fût-elle composée d’un capitaine de police en rupture de ban, d’une collégienne hypermnésique en rupture de banc (d’école) et d’une sniffeuse de coke à quatre pattes. C’est bien ce trio que l’on retrouve en partie masqué sur la couverture de Souviens-toi de septembre ! le nouvel opus promis par Marie-Aude et Lorris Murail après Angie ! paru en février. Et ce sont bien Augustin, Angie et Capitaine (ouah ouah !) qui nous entraînent dans une nouvelle aventure, aussi havraise que la précédente, mais qui plonge cette fois ses racines dans un passé plus lointain : la seconde guerre mondiale et singulièrement le bombardement anglais du 5 septembre 1944 qui détruisit en grande partie le port normand que l’armée allemande occupait toujours, trois mois après le débarquement allié.

Comment l’onde de choc de cette destruction massive et ses effets collatéraux ont pu se propager jusqu’au cœur du Havre confiné de l’année 2020, c’est ce que va démêler peu à peu Augustin, embarqué dans une enquête où ses méthodes aussi intuitives que peu orthodoxes vont faire merveille, au grand dam de sa supérieure hiérarchique, la commissaire Alice Verne. Celle-ci reste trop embarrassée par les sentiments qu’elle continue à nourrir pour le capitaine pour parvenir à le contrôler ou du moins à le canaliser. Lequel Augustin feint, plus ou moins bien, de ne rien deviner des sentiments en question, dont il tire en douce sa plus grande liberté.

Une fois de plus, entraînée par Augustin, la brigade des Stups va être impliquée dans une affaire qui ne la regarde pas et se trouver en concurrence avec la Crim’ dirigée par le commissaire Hautecloche. Celui-ci serait depuis longtemps en burn-out n’étaient les repas mitonnés par Nelly son avantageuse épouse et fidèle conseillère ès énigmes.

La commissaire Alice Verne, déjà jalouse d’Emma, l’infirmière au grand cœur voisine de palier d’Augustin et mère un peu dépassée d’Angie, va rapidement se demander ce que fricote le capitaine Augustin avec la juge Manon Chanterelle-Lecoq pour qu’ils aient autant de rendez-vous impérieux et d’aussi longs conciliabules téléphoniques.

Car pour cette enquête, Augustin va côtoyer la haute société havraise : la juge déjà citée, jeune veuve séduisante, fille du sénateur Gabriel Lecoq et donc petite-fille d’un notable, bienfaiteur du Havre, Maurice Lecoq, qui fête ses cent ans et sa promotion au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Quels lourds secrets familiaux se cachent derrière cette richesse et cette notoriété acquises rapidement au lendemain de la guerre et capitalisées depuis, c’est ce qui finira par éclater dans une scène finale que n’aurait pas désavouée Hercule Poirot. 

Au passage, Augustin aura fait la connaissance d’un étrange curé mi-bourgeois mi-loubard qui roule en Harley-Davidson et semble fréquenter un des indics de la brigade. Quels autres secrets ce prêtre détient-il réellement ? Augustin aura aussi croisé Snow Kid, un rappeur qui enflamme la Toile et le ministère de l'Intérieur. Bien entendu, Angie n'est jamais loin du capitaine Maupetit, ce qui agace beaucoup d'adultes, à commencer par la juge. Et nous en apprenons un peu plus sur l'excentrique tante Thérèse qui met à nouveau son pendule au service de son neveu.

Une nouvelle fois, les Murail frère et sœur nous ont mitonné une intrigue aux multiples rebondissements, souvent comiques, parfois tragiques voire grand-guignolesques, qui convoque quelques victimes et fantômes de l’Histoire et leurs défenseurs actuels, qui, eux, veulent comprendre d'où ils viennent et ne rien oublier.

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:21) :



Souviens-toi de septembre ! – Marie-Aude et Lorris Murail – l’école des loisirs – 2021 (461 pages – 17 €) - parution mercredi 22 septembre 2021.

PS : Lorris Murail est décédé le 3 août 2021 des suites d'une longue maladie. Sa sœur poursuit désormais seule l'écriture du troisième tome des aventures d'Angie, qu'ils avaient commencée ensemble, jusqu'à la page 150...




 

La plume de Marie

  À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...