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dimanche 22 février 2026

La plume de Marie

 

À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en compagnie de leurs enfants, Thomas et Margot, auxquels se sont ajoutés plus tard Sophie et Félicien, petit dernier encore dans les bras de Miss Ferguson, la gouvernante anglaise.

Nous sommes en 1650, et monsieur le Baron annonce la venue de... Pierre Corneille, lui-même, l'illustre homme de théâtre ! Marie est la seule qui s'émerveille de ce privilège : bien plus douée que les enfants Rochecourt, elle connaît toutes ses pièces par cœur. Mais elle sait hélas qu'elle devra rester à sa place et ne pourra guère approcher l'auteur du Cid pendant son séjour chez les Rochecourt. À moins que... par quelques ruses de déguisement et complicité des enfants du baron et d'un jeune valet, elle ne puisse prendre leur place en telle ou telle occasion.

Il n'en faut pas plus pour que Marie trousse en cachette une petite pièce en vers qui croque, avec malice et en cinq actes, la vie quotidienne au château du temps de Pierre Corneille. Hélas, le maître parisien risque de ne rien savoir des talents cachés de la fille d'une simple servante, dont le baron lui-même ignore tout. À moins que...

Clémentine Beauvais est aussi à l'aise au XVIIe siècle qu'à notre époque. Elle en épouse la langue pour nous y transporter et démontrer que les filles ne sont pas bonnes qu'à marier. A dire vrai, elles sont bonnes à tout faire, ce qui ne laisse pas d'étonner jusqu'à aujourd'hui.

La plume de Marie - Clémentine Beauvais - Talents hauts - 2026 (107 pages, 12,90 €)

vendredi 4 novembre 2022

La fille du phare


La fille du phare se prénomme Émilia. Mais comme sa mère s’appelait aussi Émilia, ça énervait Augustus, le père, qui a décidé de surnommer sa fille Loupiote. La mère est morte, mais Loupiote est restée. C’est elle qui tous les soirs monte au sommet du phare car le gardien en titre, son père, n’a plus qu’une jambe. C’est donc elle qui allume la lanterne qui guide les marins toute la nuit.

Un soir de tempête, négligence de Loupiote, plus d’allumettes, le phare reste éteint, un bateau se fracasse sur les récifs. Arrachée à son père qui, de colère, l’a frappée devant témoins, Loupiote coupable et rejetée, doit rembourser les dégâts. Elle se retrouve placée dans la Maison Noire, auprès de Martha, une sorte de gouvernante un peu dépassée. Le vrai gouvernail, c’est l’Amiral, mais il est toujours en voyage et son absence plane sur la Maison. Il y a aussi Nick, un homme à tout faire, et Lennie, un garçon un peu simplet. Surtout Loupiote apprend bien vite qu’un être mystérieux, que tout le monde semble redouter, y compris Martha, vit au sommet d’une tour de la maison, dont il ne sort jamais. 

La curiosité de Loupiote sera plus forte que sa crainte et elle gravira un jour les escaliers pour franchir la porte fatidique qui la mettra, au bout d’une longue patience, en présence d’Edward, le monstre de la Maison Noire. Va s’ensuivre un long apprivoisement de cet enfant blessé dans sa chair.

Annet Schaap est une illustratrice néerlandaise reconnue et La fille du phare, qu’elle a également illustré, est son premier roman pour la jeunesse, qui a reçu d’emblée à sa parution en 2017 trois prix importants aux Pays-Bas. Maurice Lomré nous en offre une superbe traduction. La fille du phare a la saveur des contes d’autrefois qui l’effleurent à maintes reprises de leurs réminiscences intemporelles. Les allumettes manquantes de Loupiote font songer à la Petite fille aux allumettes d’Andersen, le monstre au sommet de sa tour pourrait être le double masculin de la fée Mélusine. On croise aussi des baraques foraines et des pirates de haute mer. 

Loupiote a gardé dans la tête la voix de sa maman qui la soutient dans chacune des découvertes et des épreuves qu’elle traverse et qui composent au jour le jour son destin. Rien ne va arrêter son apparente fragilité. Elle va jouer le rôle de révélateur pour chacun des personnages jusqu’ici enfermé dans une prison intime et dans un rôle étroit. De ce point de vue, la Maison Noire est un peu le château de la Belle au Bois dormant, où tout serait resté figé jusqu’à l’arrivée de Loupiote, qui, au final, aura dénoué le monde alentour d’elle.

Annet Schaap s’est laissée porter par des visions qui forment autant de tableaux successifs qui s’enchaînent sous sa plume. Il faut accepter de se laisser emporter comme Loupiote dans le flot de ces images jusqu’à ses derniers mots : « Tout va bien ».

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 02:52) :



La fille du phare - Annet Schaap - traduit du néerlandais par Maurice Lomré - l'école des loisirs (366 pages, 17 €)


 

La plume de Marie

  À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...