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vendredi 7 juillet 2023

Touchées - La Dame blanche

   


La semaine dernière, je vous avais emmené au grand large avec le livre de Stéphane Michaka, De larmes et d’écume. Aujourd’hui, pour cette dernière émission de la saison 2022-2023, je voudrais vous laisser au seuil de l’été avec Quentin Zuttion.

Quentin Zuttion, je vous en ai parlé à la fin du mois de janvier. Souvenez-vous, c’était une BD pas comme les autres, au titre à rallonge, Toutes les princesses meurent après minuit, qui allait recevoir un prix spécial du jury jeunesse au Festival international de la BD d’Angoulême, un Fauve. Si vous avez raté cette émission, vous pouvez la réécouter sur le site de RCF Loiret ou sur ce blog.

À vrai dire, je ne connaissais par grand-chose de l’œuvre de Quentin Zuttion, qui tient pour l’heure en sept titres (dont Appelez-moi Nathan, chroniqué ici-même) et je suis passé par la médiathèque centrale d’Orléans qui m’a rapatrié de la médiathèque Genevoix de La Source deux de ses ouvrages, Touchées, paru en  2019 et La Dame blanche, publié en 2021.

Touchées met en scène trois jeunes femmes victimes de violences sexuelles, qui vont se rencontrer dans un atelier d’escrime thérapeutique auxquelles elles se sont inscrites pour se libérer de ce qu’elles ont subi et tenter de reprendre en mains leur vie. Lucie a un jeune garçon de 6 ans, Léo, et dort la nuit – mal - avec un couteau de cuisine sous son oreiller. Tamara se bat, s’éclate, se rencoquille. Quant à Nicole elle s’est carrément effacée. Quentin Zuttion nous les montre dans leur vie quotidienne et à leur cours d’escrime, où elles sont accompagnées par Eva, un psychothérapeute spécialisées dans les violences sexuelles et conjugales. Au bout d’un an, quelque chose a changé pour chacune, qui a appris à attaquer, à se protéger, sabre au clair. 

Le deuxième album La Dame blanche nous transporte dans un tout autre quotidien, celui d’une maison de retraite, vu par Estelle, une infirmière et ses collègues. Quentin Zuttion nous plonge au cœur de l’intime des relations entre le personnel soignant et les résidents et nous montre quels liens se tissent au fil des soins, des repas, des parties de cartes et des morts. C’est d’ailleurs sur la toilette mortuaire lente et attentionnée de celle qui se faisait appeler Madame l’ambassadrice que s’ouvre l’album. Le talent de Quentin Zuttion éclate dès cette scène inaugurale, faite de plans larges et de détails, qui orchestrent le ballet des deux jeunes femmes autour du corps de Sophie, traité avec un infini respect. On a beaucoup parlé des « métiers essentiels » pendant la crise du Covid. L’art de Quentin Zuttion manifeste ici de façon transcendante l’essence humaine de cet essentiel.

Voilà, j’aurais voulu vous traduire mieux que je ne l’ai fait les fortes impressions que ces deux livres m’ont laissées. Quentin Zuttion n’a que 34 ans. Auteur-illustrateur, c’est d’ores et déjà un des grands artistes de la BD française et du roman graphique, qui a tous les atouts en main pour devenir le plus grand. Pour l’y aider, achetez ces deux albums et les autres, comme je vais m’empresser de le faire.

Pour écouter cette chronique :


Touchées est publié chez Payot Graphic, 204 pages, 21,80 € et La Dame blanche chez Le Lombard, 208 pages, 23,50 €

Je vous donne rendez-vous en septembre pour de nouvelles découvertes. Et n’oubliez pas que la littérature jeunesse est l’avenir de la littérature !


vendredi 27 janvier 2023

Toutes les princesses meurent après minuit


Prix spécial du grand jury jeunesse 2023
(Fauve d'Angoulême)

Vous vous souvenez peut-être de la pichenette que l’annonce de la mort de Lady Diana, le dimanche 31 août 1997, avait donnée au fabuleux destin d’Amélie Poulain ? Toutes les princesses meurent après minuit, le nouveau récit de l’auteur illustrateur Quentin Zuttion est situé entre le décès de la princesse et ses obsèques, le samedi suivant, moments d’émotion planétaire qui servent de toile de fond à une période pas tout à fait ordinaire de la vie d’une famille : papa, maman, Camille la grande sœur et Lulu le petit frère, qui vivent dans un confortable pavillon avec piscine. 

Au milieu de cette famille, Quentin Zuttion a planté Yoyo, le meilleur ami de Lulu, qui va entrer au collège, alors que Lulu n’a que 8 ans. Au seuil de cette nouvelle année scolaire, c’est donc une séparation qui se profile pour les deux garçons, comme si Yoyo, tout d’un coup, avait grandi plus vite que Lulu.

Pendant ces derniers jours de vacances, bien des choses vont se jouer au sein de la famille. Le père vient de découcher, il y a de l’eau dans le gaz du couple parental et là aussi un air de séparation qui s’annonce, aussi douloureuse qu’inévitable. Les enfants en devinent les signes avant-coureurs, ces petites anomalies qui se glissent dans les mots, les gestes, les silences d’une union qui se défait.

Pour Camille, c’est le temps de l’amour qui vient, de la première expérience sexuelle, peut-être. Un jeune homme, plus âgé qu’elle, vient la voir en catimini, se glisse chez elle par la fenêtre de sa chambre. Lulu épie, observe, et Camille incertaine d’elle et de ses sentiments, s’agace de ce petit frère espion.

Mais au centre, c’est l’amitié entre Lulu et son grand copain Yoyo, un blond aux yeux bleus que Zuttion a campé beau comme un jeune pâtre grec. Lulu va-t-il réussir à entraîner encore Yoyo dans ses jeux d’imagination, « on dirait que tu serais le prince et moi la princesse », ou bien ce temps-là d'enfance est-il lui aussi révolu et Lulu devra-t-il noyer définitivement ses Barbies dans sa piscine ?

Notre auteur-illustrateur conduit d’une main sûre cette chronique désenchantée, dans l’ambiance solaire et douce-amère de cette fin d’été endeuillée. Le soleil combat comme il peut la tristesse et le mal-être des uns et des autres. Chaque planche est magnifique, jours et nuits se succèdent, dévoilant la belle incertitude des sentiments, ceux qui s’éveillent et ceux qui meurent, ceux qui se cherchent et ceux qui vont peut-être se trouver, sur cette carte du tendre chahutée par la vie, parfois brutale.

Pour écouter cette chronique (02:36) :


Toutes les princesses meurent après minuit est une BD écrite et dessinée par Quentin Zuttion, éditée par Le Lombard (152 pages, 20,50 €)


La plume de Marie

  À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...