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vendredi 31 mai 2024

De délicieux enfants

 


Est-ce du lard ou du cochon ? De son propre aveu, c’est la question que Flore Vesco s’est posée après avoir mis un point presque final au manuscrit de ce qui allait devenir son troisième roman, De délicieux enfants. Flore Vesco, mes auditeurs fidèles la connaissent. Ils savent qu’elle a entrepris de revisiter les contes qui ont nourri tant d’enfances depuis Madame d’Aulnoye, Charles Perrault, les frères Grimm… En 2019, ce fut L’estrange malaventure de Mirella, puis en 2021 D’ors et d’oreillers, tous ouvrages couronnés de nombreux prix tant l’audace et la nouveauté de leur style et de leur langue ont saisi et séduit les lecteurs les plus aguerris. En 2024, notre autrice opère un nouveau détournement, celui du Petit Poucet et à nouveau elle rebat les cartes du conte, les brouille et nous embrouille au point que nous aussi, à la suite de l’autrice, nous ne savons plus jusqu’à la fin qui du lard ou du cochon va l’emporter dans ce récit. 

Donc, il était une fois une famille, le père, la mère et les six, non pardon, les sept enfants, trois paires de filles et une petite ravisée surnommée Tipou, une pauvre famille dont le père bucheron a bien du mal à subvenir à ses besoins élémentaires. Pour tout dire, si l’affection la plus vive lie ensemble les parents à leurs filles et les filles à leurs parents, la disette règne avec la même vivacité et les choses ne vont pas s’améliorer quand sept garçons esseulés et affamés frappent à la porte de la chaumière, par une froide soirée d’hiver aussi mal chauffée que nourrie.

Des garçons ! Les sept filles n’en avaient jamais vu et très vite la curiosité de découvrir comment ils sont faits s’empare de ces demoiselles dont les aînées ont tout de même dix-sept ans. La nature étant bien faite, il semble que la fratrie venue se réfugier chez elles soit parfaitement homothétique à la sororie qui l’accueille, ce qui ouvre bien des perspectives.

Très vite, les deux minus de chaque tribu, Tipou et Poucet, la fille et le garçon, vont se lier et dans le concert des voix qui racontent, iels vont faire entendre les leurs, singulières.

Pendant ce temps, les garçons, de timides qu’ils étaient arrivés, prennent de l’assurance, se gonflent, tandis que les filles, toutes entreprenantes qu’elles étaient au début, semblent se rencoquiller dans des essais de féminité, quand elles décident, avec l’assentiment et la complicité de leur mère, qu’elles auront des jupes en place de leurs pantalons. Les garçons manqués du début deviendraient-elles des filles réussies mais n’ont-elles pas beaucoup à perdre dans cette mue qui paraît pourtant naturelle ?

Au fait, ne sommes-nous pas dans le Petit Poucet ? N’y avait-il pas un ogre, une sorcière ? Qui aiguise son couteau ? Quels maléfices vont surgir ? De famines en méprises, la chair fraîche des unes et des autres suscite des convoitises de toutes natures. Flore Vesco n’a pas son pareil pour faire surgir les images incongrues des plus secrets désirs, dans une langue qui réinvente la violence primitive des sentiments, l’attraction des corps, les épreuves nécessaires de l’amour et de la vie.

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:18) :


De délicieux enfants - Flore Vesco - Medium + de l’école des loisirs - mars 2024 (216 pages, 15 euros)

vendredi 28 juillet 2023

Patatras au royaume de Tralala


Prix du livre jeunesse Le Point 2023


C’est un album très malin et très gai que Mathieu Gargallo a écrit avec la complicité de la dessinatrice Lucie Bryon.

Très malin parce que les plus jeunes n’aiment rien tant que le gag récurrent, sonore et visuel, qui provoquera sûrement chez eux un rire croissant, si vous mettez un peu de conviction dans la lecture à voix haute de cette seule formule : « Patatras à Tralala ! », qui revient chaque fois que vous tournez une page… Je vous conseille de répéter un peu avant, pour assurer vos effets.

Très gai aussi car l’auteur, pour ce récit un peu fou-fou, a convoqué le ban et l’arrière-ban des personnages de contes de fée dont notre enfance a été – en principe – nourrie. C’est ainsi que, dans le décor d’un château-fort, l’illustratrice s’est amusée à dessiner un roi, une princesse, un chevalier en armure, un dragon rouge-feu, une sorcière volant sur son balai, un renard, un loup et trois petits cochons roses qui lui sont sûrement destinés, à moins qu’il ne commence par dévorer le Chaperon rouge. 

Bref, personne ne manque à l’appel, quand résonne la sentence traditionnelle qui inaugure tous les contes : « Il était une fois… ». C’est alors qu’il faut tourner la page, et c’est alors que : « Patatras à Tralala ! ». Une violente et mystérieuse secousse ébranle le château et tous ses hôtes, sans qu’on sache le pourquoi du comment de ce tremblement de terre qui n’a guère duré plus d’une seconde. 

Évidemment, vous êtes curieux de savoir ce qui a bien pu se passer au royaume de Tralala. Et donc vous tournez  la page et de nouveau : « Patatras à Tralala ! », une réplique du premier séisme. Le roi qui pensait se remettre de ses émotions dans un bon bain, est violemment projeté en dehors de sa baignoire, pendant que le Chaperon rouge, lui, est bien décidé à livrer ses galettes, envers et contre tout.

À ce stade, même si le petit lecteur qui est sur vos genoux, n’a pas encore saisi le principe de l’album, vous, vous êtes déjà prêt pour le prochain Patatras à Tralala ! Et vous vous demandez sûrement comment tout ça va se terminer.

Eh bien, si vous voulez le savoir, lisez l’album de Matthieu Gargallo et Lucie Bryon, jusqu'à la chute finale : "Patatras !"

Pour écouter cette chronique (3 mn) :


Patatras au royaume de Tralala – Matthieu Gargallo et Lucie Bryon – 2023 – éditions Sens Dessus Dessous (38 pages, 13,90 €)


vendredi 31 mars 2023

Histoire de la ville endormie


La semaine dernière, avec Les sœurs Lakotas de Benoît Séverac, je vous parlais d’une fuite, celle de trois sœurs Amérindiennes à travers les États-Unis ; cette semaine je devrais plutôt parler d’une fugue

Un beau matin d’hiver, tous les enfants d’un village enneigé sortent de leur maison en cachette et échappent à leurs parents pour aller explorer leur ville, jadis engloutie dans une vallée inondée par un déluge et désormais prise dans les glaces. À l’époque, le traumatisme avait été tellement grand et brutal, que les enfants en sont restés muets. 

Mais aujourd’hui, ils se sont mystérieusement décidés à partir et cheminent sans parole, à la queue-leu-leu, dans la neige et le froid, jusqu’à un grand lac gelé dont la surface translucide laisse deviner la ville ancienne, conservée sous l’eau, avec ses maisons et ses clochers, sa mosquée et ses écoles…

Les enfants décident de casser la glace, comme font parfois les pêcheurs, et c’est Gabriel le plus intrépide qui va s’élancer dans l’eau froide et descendre, descendre, de plus en plus profond, jusqu’au point de tirer la cloche de l’école. Que va-t-il trouver d’autre ? Je vous laisse le découvrir.

Marie Chartres, l’autrice, a écrit un conte fait pour être lu à voix haute aux plus jeunes enfants et qui s’inscrit résolument dans cette tradition et ses riches résonances, celle de l’imaginaire du déluge et de son dénouement, celle des enfants frappés par un sort qu’il faudra bien lever, celle des paysages hivernaux où dorment tant de récits merveilleux qu’une voix suffit parfois à réveiller. Les illustrations de Junko Nakamura enveloppent joliment ce texte de leur contours rêveurs et colorés. L’école des loisirs a offert à l’autrice et à l’illustratrice l’écrin d’un beau livre relié à l’ancienne.

Pour écouter cette chronique (extrait lu à  01:50) :



Histoire de la ville endormie - Marie Chartres - illustrations de Junko Nakamura - l'école des loisirs (54 pages, 11 €)

vendredi 21 octobre 2022

Pitsi-Mitsi


L'école des loisirs publie mercredi 26 octobre Pitsi-Mitsi un nouveau livre de Marie-Aude Murail. Signalons au passage que l’œuvre de cette autrice vient d’être couronnée en Malaisie par le prix Hans-Christian Andersen et qu’elle est la première lauréate française depuis René Guillot, primé il y a 58 ans. Cette récompense internationale est fréquemment désignée comme "le Nobel de la littérature jeunesse"

Pitsi-Mitsi est un conte destiné aux plus jeunes et illustré par Régis Lejonc, placé dans l’écrin d’un beau livre relié. Son sous-titre en explicite le propos : nous sommes "au temps où les animaux parlaient" et où chaque famille qui se respecte se doit d'en avoir un, qui lui sert de conseiller. Problème : il y en a de moins en moins. Quand l'histoire commence, les pauvres du Pont ont une souris un peu idiote, la dénommée Pitsi-Mitsi, justement, et les riches et antipathiques du Rang un âne très vieux et très gâteux, Bellafond. Bellafond est si vieux qu'il claque dès la page 12 et c'est là que le drame se noue.

Les riches du Rang ordonnent à leur fille Joséfine de leur retrouver un animal parlant et plus vite que ça, question de standing  - je vous ai déjà dit qu'ils n'étaient pas sympathiques ? -  pour remplacer Bellafond, qui ne brillait  pas par son éloquence, il faut bien l'avouer. Et comme il n'y a plus rien à manger chez les pauvres du Pont, les parents conseillent à leur fils Gaston de partir à l'aventure et d'y faire fortune avec sa souris. Pourquoi pas en épousant la fille du roi, décrète Pitsi-Mitsi, qui est vraiment idiote ?

Sur fond d'extinction, la septième sans doute, celle des animaux parlants, ce sont donc deux enfants, l'un pauvre et l'autre riche, qui sont mis également à la porte de chez eux. Comme vous pouvez le deviner, leurs chemins vont se croiser rapidement, pour le meilleur et pour le pire. Gaston est un garçon tendre et débrouillard et va devoir se défendre de Joséfine, une vraie peste, égoïste et sans cœur. Du moins à première vue, car en partageant les périls de la route, les deux enfants pourraient bien se rapprocher et faire cause commune devant l'adversité. Sans compter que Pitsi-Mitsi, à seconde vue, va s'avérer être moins idiote qu'il n'y paraît.

Marie-Aude Murail reprend tous les ingrédients du conte traditionnel, de l'aubergiste assassin au royaume d'opérette, faisant des clins d'œil à la Comtesse de Ségur, au Sceptre d'Ottokar, etc. Le trait de Régis Lejonc, précis comme un vitrail, donne vie et couleurs à tout ce petit monde intemporel, vif et parfois cruel. Associés, autrice et illustrateur finissent par nous persuader que chats et souris, renards et ânes, chiens et cochons pourraient bien nous reparler un jour en vrai si nous prenions enfin la peine de les écouter. Et qui sait si, d'aventure, ils ne seraient pas de bon conseil pour les humains ?

Pour écouter cette chronique sur RCF Loiret (extrait lu à 02:47) :

 



Pitsi-Mitsi (Du temps où les animaux parlaient) - Marie-Aude Murail, illustré par Régis Lejonc - l'école des loisirs - 2022 (relié, 95 pages, 12,50 €)

Bonus : Marie-Aude Murail vous présente son conte dans une vidéo de 4 mn.



vendredi 12 mars 2021

D'or et d'oreillers

 


Dès avril 2019, je vous avais parlé ici même de Flore Vesco que je venais de découvrir dans L’estrange malaventure de Mirella. Cette remarquable fantaisie moyenâgeuse détournait à son profit le célèbre conte des frères Grimm, Le joueur de flûte de Hamelin. Ce roman allait valoir à notre autrice cette année-là le prix Vendredi et le prix Sorcières l’année suivante, toutes distinctions qui auguraient bien d’une carrière littéraire prometteuse.

Avec D’or et d’oreillers, qui vient de paraître à l’école des loisirs, Flore Vesco confirme cette promesse avec éclat. Si, abandonnant le Moyen-âge, elle s’est rapprochée de l’époque moderne, elle ne l’a fait qu’avec prudence. Elle a situé son nouveau roman au début du XIXe siècle anglais, à une époque où, dans la bonne société, marier ses filles était pour une mère sinon un emploi, du moins un souci à temps complet, comme l’a si bien raconté Jane Austen.

Aussi lorsque Mrs Watkins, qui en est dotée de trois, apprend 1°/ que le richissime Lord Henderson a réapparu dans Blenkinsop Castle – 2°/ qu’il recherche une épouse de toute urgence, son sang fait plusieurs tours. Certes, contre tous les usages et même la simple décence, milord a conçu pour choisir la femme de son cœur une épreuve bien singulière : qu’elle passe seule dans son château une nuit dans un lit extravagant. Les 80 000 livres de rente annuelle du lord permettent heureusement à Mrs Watkins de surmonter des principes et des pudeurs d’un autre âge et la voilà qui livre sans vergogne ses trois filles à Blenkinsop. Margaret, Maria et May sont jetées dans la gueule du loup bien sous tous rapports, notamment celui de la fortune, avec pour seule escorte Sadima, leur femme de chambre.

Je ne vais évidemment pas vous raconter ce qui s’ensuit mais si je vous révèle que Sadima était aux antipodes des blondes beautés diaphanes qu’elle accompagnait, qu’en dépit de la modestie qui seyait à ses fonctions, elle ne pouvait - citation - faire « oublier ses hanches arrondies, sa silhouette bien tournée, son joli teint bruni, ses traits réguliers et plaisants, ses pommettes ambrées, son nez rond, son front large, ses épaules galbées, ses cheveux bouclés, ses mollets bien pris, etc. », vous allez sans doute deviner un peu la suite, vous qui avez lu Cendrillon. Oui, mais…

…si Flore Vesco se plait à nouveau à revisiter quelques contes traditionnels dont on s’amusera à reconnaître les échos et les leçons, elle nous entraîne progressivement dans un univers de sortilèges bien à elle. Débarrassée des sœurs Watkins, ce n’est pas une mais deux puis trois épreuves que Sadima doit affronter. Quels secrets terribles abrite donc le château de Blenkinsop, où ne vivent que Lord Henderson et Philip son fidèle majordome, tous les domestiques ayant fui depuis longtemps ? Si ces deux-là taisent obstinément une vieille malédiction, est-ce que les pierres crieront à leur place ? Sadima saura-t-elle libérer son bel au bois dormant des puissances sourdes qui l'ont figé dans Blenkinsop déserté, l’empêchent de s’en éloigner et pourraient bien se déchaîner ?

Le récit de notre autrice est aussi bien tourné que son héroïne. Il se transforme peu à peu en une quête sensuelle digne des cours d’amour courtois, où régnaient un langage de métaphores limpides et d’ellipses brûlantes. De ce langage, Flore Vesco reprend et modernise les pudeurs audacieuses à l'usage de la jeunesse. Sadima va comprendre qu’elle ne peut se faire aimer d’Adrian que si elle retrouve dans le château ce qui manque à son milord pour être un homme complet : une partie bien précise de son anatomie ravie à son enfance par celle qui l’aimait plus que tout. Aimer, c’est peut-être cela : chercher on ne sait quoi pour le rendre à quelqu’un qui ignorait l'avoir perdu. C'est ici suffisant, en tout cas, pour offrir la plus belle preuve d'amour et produire le plus beau des contes.

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 04:14) :




D’or et d’oreillers – Flore Vesco – l’école des loisirs – 2021 (234 pages, 15 €)

vendredi 12 février 2021

Isabelle/Porculus



Connaissez-vous Arnold Lobel ? Si vous avez eu des enfants ou des petits-enfants dans les années 70, peut-être leur avez-vous lu et relu plusieurs soirs d’affilée les Sept histoires de souris ? Et vous qui étiez ce petit garçon ou cette petite fille à la même époque, peut-être vous souvenez-vous de la jument Isabelle et du cochon Porculus ? 

Arnold Lobel est un illustrateur américain que l’autrice Sophie Chérer présente ainsi : « Arnold Lobel vivait à Brooklyn avec sa femme Anita, dessinatrice comme lui, et leurs deux enfants. Arnold Lobel ressemblait au Papa Souris de Sept histoires de souris : lunettes carrées, une moustache noire et drue, un regard bon et malicieux, et surtout l'aptitude perpétuelle à dénicher en toute chose ce qu'elle contient de poétique et de drôle. Arnold Lobel ressemblait aussi au petit éléphant d' « Oncle éléphant ». Il avait été élevé par sa grand-mère très aimante. En vieillissant, elle s'était mise à perdre la tête. Devenu grand, Arnold avait souffert de ne plus pouvoir communiquer avec elle comme avant, et c'est alors qu'il avait écrit Oncle éléphant, pour immortaliser la relation idéale, rêvée, entre un adulte et un enfant. Arnold Lobel est mort à 54 ans, en 1987. » Fin de citation.

L’école des loisirs qui a conservé fidèlement les œuvres de Lobel à son catalogue, vient de rééditer Isabelle et Porculus, dans la traduction d’Adolphe Chagot, en deux beaux albums reliés, sous une couverture solide et rassurante.

Les deux histoires, celle de la jument Isabelle et celle du cochon Porculus, se déroulent chez un couple de paysans d’opérette, le fermier et sa femme. Si le fermier, avec sa salopette rouge, son chapeau de paille et ses souliers à lacets ressemble assez peu à l’image qu’on peut se faire d’un agriculteur, la femme du fermier est encore plus éloignée des stéréotypes du milieu, quand Lobel la campe dans son intérieur petit-bourgeois, buvant du thé et écoutant la radio, toujours prête à convoquer chez elle sa kyrielle de copines chic de la ville, en robes et chapeaux.

C’est d’ailleurs à ses idées excentriques qu’Isabelle et Porculus vont devoir leurs aventures. Quand la jument se met en tête de devenir une dame, la femme du fermier l’y encourage et l’emmène faire les magasins pour l’habiller de la tête aux pieds. Mais à chasser le naturel, il revient au galop, c’est le cas de le dire. Isabelle ne supportera pas longtemps l’accoutrement dont elle a été affublée.

Quant à Porculus, c’est encore à une initiative intempestive de la femme du fermier que l’on doit son histoire. Lorsque celle-ci décide de faire subir à la ferme une opération propreté intégrale, jusqu’à supprimer la boue dans laquelle s’ébat joyeusement le cochon, le pauvre Porculus va s’enfuir pour tenter de retrouver son élément naturel. Cette fugue compose le cœur du récit.

Dans les deux histoires, la narration obéit au même principe : une boucle rassurante qui, à l’issue de leur aventure, ramène les deux animaux à leur point de départ. Après avoir été un moment déstabilisés et pour ainsi dire dénaturés - la jument Isabelle par ses vêtements, le cochon Porculus par son expérience mouvementée de la ville - les deux animaux retrouvent leur vie d’avant. On n’est jamais si bien que chez papa-maman pourrait être la morale un tantinet conservatrice de ces deux contes. Mais ces albums, vifs et gais, offrent à tous les âges plusieurs niveaux de lecture et d’identification, tant pour les adultes qui le liront à voix haute que pour les jeunes enfants, filles ou garçons, qui se projetteront aisément dans Isabelle ou Porculus et leurs envies passagères du monde adulte et de ses promesses de liberté.

Pour écouter cette chronique (extrait d'Isabelle lu à 03:42) :


Isabelle – Arnold Lobel – l’école des loisirs – album (66 pages, 12 €)

Porculus – Arnold Lobel – l’école des loisirs – album (68 pages, 12 €)


La plume de Marie

  À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...