vendredi 13 octobre 2017

Dans la forêt de Hokkaido



Le livre d’Éric Pessan aurait pu s’appeler « je rêve des histoires vraies ». Dans la forêt de Hokkaido est le récit d’une rencontre à distance, entre un jeune japonais insupportable, abandonné sur le bord de la route par son père excédé, et une ado qui rêve si fort qu’elle va vivre en sa chair, heure par heure, minutes par minutes, les errances et les tourments du petit garçon égaré dans la nature, à 10 000 km de là.

Au départ, Julie ignore évidemment tout de ce minuscule fait divers, à l’autre bout du globe, qui va passionner l’opinion nippone pendant quelques jours. Elle sait simplement que dès qu’elle se rendort, elle revoit un garçon dans la forêt, perdu et apeuré, assoiffé et affamé. Que le je de Julie et le il de Yamoto puisse devenir un nous, là est le nœud de l’histoire, que noue délicatement Eric Pessan à l’aide de sa jeune narratrice.

Est-ce que la télépathie existe ? Julie vit dans son corps, jusqu’à s’en rendre malade, la passion de Yamoto. Elle va jusqu’à décaler ses heures de sommeil pour pouvoir rêver, c’est-à-dire être avec le jeune garçon pendant que lui est éveillé. Au bord du dénouement, Julie découvrira ce qui, dans sa propre histoire, l’a peut-être préparée et induite à vivre par procuration une aventure si lointaine et si proche. La communion extrême des deux enfants reste un mystère. On ignore ce que le Japonais en éprouva, ni s’il dut réellement son salut à l’empathie de la Française ou simplement à la chance et aux efforts déployés par tout un pays pour le retrouver.


Nous arrivons à un moment de notre Histoire où le plus léger drame peut résonner bien au-delà du premier cercle des proches et solliciter, pendant quelques heures voire quelques jours, l’attention d’une foule d’inconnus répartis sur toute la Terre. Sommes-nous en train de développer une nouvelle sensibilité, une sorte de sixième sens ? Le cas Julie reste une fiction greffée par un écrivain sur un événement réel. Mais est-ce que d’avoir à chercher de plus en plus souvent « des réponses aux questions inquiètes du monde », comme l’écrit Éric Pessan à la fin de son livre, pourrait, dans un avenir proche, transformer durablement notre esprit et nos vies mêmes ? C’est peut-être la leçon prophétique de cette étrange histoire.

Dans la forêt de Hokkaido - Éric Pessan – l’école des loisirs (134 pages – 13 €)

En podcast sur RCF Loiret (écoutez un extrait à 2:24)

vendredi 6 octobre 2017

Le phénomène Philomène



Juliette et Anatole sont en 3ème. Anatole est un drôle de zig, une sorte de Grand Duduche souvent dans la lune. Autant dire que si son prénom rime avec école, c’est bien la seule chose qui s’accorde, entre le collège et lui. Plutôt solitaire, plutôt du genre à passer ses récréations assis sur un banc à lire ses mangas, il n’a pas beaucoup d’ami.e.s, en dehors de Juliette, qui est peut-être un peu plus qu’une copine pour lui. Mais il n’est pas encore au courant. Juliette, si, et c’est elle la narratrice.

La vie d’Anatole va changer du jour où il découvre, assise en classe à côté de lui, là où il n’y a jamais personne, une certaine Philomène, qu’il n’a jamais vue. Non seulement c’est une nouvelle, mais il comprend vite que si elle lui parle et qu’il lui répond, il est le seul à l’entendre et à la voir. Pour la bonne et simple raison que Philomène est un fantôme, celui d’une jeune fille morte en 1870 sur les lieux de l’actuel collège.
Dans la littérature comme dans la vie, le fantôme incarne toujours un tourment du passé qui n’a pas su trouver l’apaisement et le cherche désespérément parmi les vivants. Cette incarnation est plus ou moins forte. Dans le cas de Philomène, c’est un vrai phénomène, qui va entraîner Anatole dans une drôle d’aventure, le sortant assez violemment de son monde de rêverie permanente.

Que cherche Philomène ? C’est tout ce que le roman d’Emmanuelle Cosso nous amène à découvrir progressivement à travers le récit de Juliette. Fantôme du passé, Philomène fait revenir Anatole dans le Paris de 1870, assiégé et affamé par les Prussiens. Où Anatole croise Sœur Charlotte, enseignante fantôme elle aussi d’une classe non moins fantôme tapie dans les sous-sols du collège… En l’entraînant jusqu’au cœur d’un drame irrésolu, Philomène va se servir d’Anatole pour se libérer de ses chaînes – tout fantôme a les siennes, c’est bien connu.

Heureux les cœurs purs, ils verront les âmes enchaînées pourrait être la leçon du Phénomène Philomène. Emmanuelle Cosso impose sa fantaisie dans cette fable réaliste et improbable, où l’on croise aussi la police, les Pompiers de Paris et la Garde républicaine.

Vous allez me dire que les fantômes, ça n’existe pas ? Pour ma part, je n’ai jamais rencontré de Philomène. Mais je crois au fantôme tel que l’ont défini les psychanalystes Torok et Abraham : le fantôme, c’est "le travail dans l’inconscient du secret inavouable d’un autre". Songez à tout ce qui vous travaille et vous commencerez peut-être à ressentir vos fantômes intimes, sinon à les voir comme Anatole.

Le phénomène Philomène - Emmanuelle Cosso - éditions Sarbacane, collection Pépix (à partir de 8 ans, 256 pages, 10,90 €)

En podcast sur RCF 45 (écoutez un extrait à 2:31)

vendredi 29 septembre 2017

Bye Bye Bollywood



Que faire quand votre mère, garantie bio, vegan et zen vous annonce qu’elle vous emmène passer 18 jours en Inde (au lieu des 15 réglementaires qu’accorde l’Education nationale) ? Sauter de joie évidemment. C’est ce que font Nina 15 ans et sa petite sœur Garance, qu’elle aime ou déteste selon les moments de la journée. La perspective de se retrouver au pays des comédies sentimentales produites par Bollywood ravit Nina sauf que… 

Au final, c’est dans un ashram que se retrouvent la mère et les deux filles. Lever à 6 h du matin, pas de petit-déjeuner et pas de steak frites à midi. Nina fait sa crise d’adolescence depuis quelques mois déjà et les choses ne vont pas s’arranger avec sa mère. Heureusement, à table, adultes et enfants sont séparés. Nina et Garance se retrouvent en face des deux seuls autres enfants venus avec leurs parents : un ado nommé Jésus – mais c’est un prénom courant en Espagne et Jésus est espagnol – et sa petite sœur, Zaouïa avec qui Garance va pouvoir jouer à la grande sœur. Nina et Jesus se regardent un peu en chien de faïence au début. Le fort en maths qui sait tout sur tout n’inspire pas beaucoup Nina. Mais comme celle-ci est condamnée à se laisser guider par lui pour trouver une connexion internet qui fonctionne, sans laquelle une ado ne saurait survivre, elle le suit dans le brouhaha des rues. Peu à peu, les deux jeunes gens s’apprivoisent. Lorsque Garance leur dit qu’elle a entrevu, par la fenêtre, une scène violente dans la maison d’à côté entre un adulte et une jeune fille de leur âge, scène qui se répète, ils décident de mener l’enquête…

Hélène Couturier nous plonge dans l’Inde contemporaine, grouillante et convulsée, accueillante et déchirée entre modernité et traditions. En rencontrant la jeune Fulki, promise en mariage à un homme beaucoup plus âgé qu’elle, Nina, Jésus et Garance vont découvrir une société qu’ils n’imaginaient pas. Ils croiseront aussi Sampal Pat, une Indienne bien réelle, qui a décidé de se battre avec d’autres femmes pour protéger leurs consoeurs de la domination masculine et de ses coutumes inégales et cruelles.

Bye bye Bollywood, c’est le dépaysement garanti. Mais c’est aussi, chose plus courante dans la littérature jeunesse, le récit d’une naissance, celle du sentiment amoureux. Conduite là où elle ne voulait pas aller, Nina finira par regretter de devoir en partir… Mais la fin des vacances n’est peut-être pas la fin de tout !

Bye bye Bollywood - Hélène Couturier - Syros (213 pages, 14,50 €)

En podcast sur RCF Loiret (écoutez un extrait à 2:24) :

vendredi 22 septembre 2017

La maîtresse donne trop de devoirs


La rentrée est derrière nous, mais l’école, elle, est toujours là, et bien là. Elle s’invite même jusque dans nos foyers, mobilisés par la ronde des devoirs à la maison. Solène est en CM1 et sa maîtresse, Madame Lacriz, sans doute soucieuse de bien faire, noircit les cahiers de textes de ses jeunes élèves.
Et tous les soirs c’est le branle-bas de combat. Solène n’est pas très bonne élève, au contraire de son amie Gabriella. Elle oublie ses affaires, mélange les consignes de la maîtresse et s’effondre régulièrement en sanglotant, espérant que sa maman ou son grand frère prenne le relais.
Avec ce petit livre plein d’humour, Marie-Aude Murail se livre mine de rien à une critique en règle d’une école primaire dont les pratiques – les devoirs à la maison - renforcent insidieusement le caractère inégalitaire, développant stress et compétition entre enfants et entre parents. Elle entend défendre aussi le droit imprescriptible à jouer, de plus en plus menacé par des emplois du temps délirants qui conduisent désormais des enfants, dès la maternelle, au burn out… ! La maîtresse donne trop de devoirs est un cri du cœur mais aussi un avertissement très sérieux.

Peut-on ressortir un livre « tranche de vie » vingt ans plus tard sans rien changer ? En jeunesse, difficile. Depuis quelques années, Marie-Aude se livre régulièrement à cet exercice qui consiste, avant toute nouvelle édition, à relire, corriger, mettre au goût du jour les textes que son éditeur lui propose de remettre en vente. Entretenir le fonds, en quelque sorte. En 2006, elle l’a fait pour la série des mésaventures d’Emilien, inaugurée par Baby-sitter blues, parue dix-sept ans auparavant. En 2017, c’est Albin Michel jeunesse qui publie La maîtresse donne trop de devoirs, paru en septembre 1996 à l’école des loisirs sous le titre Qui a peur de Madame Lacriz ?

Si la classe et les méthodes de Madame Lacriz, la fameuse maîtresse de Solène qui donne trop de travail à faire à la maison, n’ont pas beaucoup changé, les ressources des parents mis à contribution pour faire les devoirs de leurs chéris ont évolué. En 1996, il n’y avait pas ou peu d’Internet

La maîtresse donne trop de devoirs - Marie-Aude Murail - l’école des loisirs (93 pages, 7,90 €)

En podcast sur RCF Loiret (écoutez un extrait à 1:22) :

vendredi 15 septembre 2017

Le Journal d'Aurore


Le Journal d'Aurore passe en BD... et la couleur lui va bien ! Quand on a aimé un livre, on a toujours une légère appréhension au moment de découvrir sa déclinaison dans un autre support. En l’occurrence, Le journal d’Aurore développé désormais en bande dessinée résulte d’une collaboration étroite entre Marie Desplechin, l’auteure du produit initial, le dit journal publié en quatre volumes à l’école des loisirs et désormais réuni en anthologie, et la dessinatrice Agnès Maupré, aidée à la couleur par Grégory Elbaz. 

Le résultat est une vraie réussite à la hauteur de ce qu’annonce la quatrième de couverture : « jeune fille seule comme un rat, affligée d’un physique monstrueux et d’une famille ennuyeuse, certainement athée, probablement lesbienne, cherche jeune homme pour l’aimer à la folie ».  « Bourrée d’ complexes » comme la jeune femme chantée jadis par Boris Vian, Aurore traverse ses deux dernières années de collège – elle se paye le luxe de redoubler sa troisième - en proie à une crise d’adolescence qui se déploie dans toutes les dimensions possibles : famille, études, amies effectives et amours potentielles se dressent comme autant d’obstacles à surmonter. Les difficultés imaginées ne sont pas moins rudes que les réelles, Aurore ayant une grande capacité à se muer en emmerdeuse pathétique dès qu’elle fait un effort de sociabilité. Coincée entre une petite sœur moche mais surdouée et sans complexe, Sophie, et une grande, Jessica, déjà sur le marché infini de l’amour, Aurore se débat avec sa vie. Elle peut heureusement compter sur des amies qu’elle n’a pas réussi à décourager, Lola et Samira. Ses essais de garçons sont évidemment calamiteux mais c’est surtout au sein de sa famille que les conflits s'aggravent, au point que ses grands-parents finissent par lui offrir l’asile politique pendant tout un trimestre scolaire. Quelques expériences auxquelles elle se résout la mort dans l’âme, comme un voyage scolaire en Angleterre, vont lui accorder des satisfactions inespérées. 

On attendra d’avoir lu le second tome pour vérifier qu’Aurore finit par s’en sortir, ce dont l’humour tendre et vache de Marie Desplechin ne nous permet pas de douter… Aurore est vivante, Aurore est aimable, simplement, le lecteur s’en aperçoit avant elle, comme si, ajouté à l'humour de l'autrice, le dessin d'Agnès Maupré nous donnait une longueur d’avance sur le monologue de vraie-fausse dépressive de notre héroïne.


Le journal d'Aurore - BD - Marie Desplechin et Agnès Maupré - Rue de Sèvres (139 pages - 15 €)

En podcast sur RCF Loiret (écoutez un extrait à 2:13) :

vendredi 8 septembre 2017

Le collège des éplucheurs de citrouille


Puisque c’est la rentrée, je vous propose de la faire dans un coin bien perdu de Bretagne, où aucun portable n’émet ni ne reçoit, par la volonté de ses habitants. Les ondes auraient tué naguère des portées de poussins… A Trégondern, en ce dimanche 30 août, le collège des Museaux accueille dans son internat une vingtaine d’ados un peu fracassés par la vie et placés là pour les remettre sur leur voie. Une collection bizarre d’enseignants, d’origines diverses, est chargée de leur apprendre la vraie vie et la vraie voie, sans réseau et sans Wifi, avec des méthodes pour le moins non conventionnelles. Il y a aussi dans ce collège des élèves autochtones tout ce qu’il y a de plus normaux, quoiqu’à y regarder de plus près, ce qualificatif n’est peut-être pas le plus adapté. Comment ces deux populations vont se côtoyer scolairement, c’est tout l’enjeu de ce premier mois passé à s’observer, se frotter les uns aux autres, en classe ou sur les terrains plus insolites sur lesquels les profs emmènent leurs élèves. Nature et découvertes garanties.

Placé par sa mère à l’internat du collège, Elliott arrive avec un lourd et pesant secret, un bijou très précieux hérité de son père, qu’il veut soustraire à la convoitise de son beau-père, le dénommé Vince, un violent prêt à tout pour le récupérer. Heureusement, il y a aussi Péline, une grande fille rousse et ronde qui n’a pas froid aux yeux et qui va s’intéresser très vite à Elliott. Et réciproquement.

Dans les nouveaux arrivants quelques gros durs voudraient bien faire la loi, dès la sixième pour certains, mais les enseignants et le personnel éducatif ne s’en laissent pas compter : principal et CPE veillent au grain, avec la complicité du cuisinier. Ainsi, le dénommé Henrique va vite comprendre que l’épluchage de citrouilles est une sanction qui ne laisse pas son homme indemne.

Laure Deslandes nous emmène dans une Bretagne aussi fantaisiste qu’irréductible, où l’on résiste avec humour au progrès en s’accommodant de la centrale nucléaire toute proche qui distille un peu de son césium dans l’environnement. La mère de Péline, en baba-cool au grand cœur, vit avec sa fille dans un foutoir insouciant où Elliott va trouver rapidement refuge le week-end, pour ne pas repartir chez lui et échapper ainsi au compagnon de sa mère.

Le collège des éplucheurs de citrouille fait partie de la sélection 2017 du Grand Prix des lecteurs du Journal de Mickey. C’est un livre qui déborde de vie, un panier de légumes bio trop petit pour ce qu’il contient, une galerie de personnages hauts en couleur, adultes et collégiens, saisis dans leur douce folie quotidienne. Laissez-vous tenter par cette rentrée bretonne qui a encore un parfum de vacances et d’amours naissantes.

Le collège des éplucheurs de citrouilles - Laure Deslandes - l’école des loisirs - (294 pages, 17 €)

En podcast sur RCF Loiret (écoutez un extrait à 2:42) :


vendredi 14 juillet 2017

Inséparables



« Ce n’est vraiment pas si terrible », écrit Grace. Quoi ? D’être ischiopagus tripus. Une ou deux, une et deux, une deux, quatre bras, deux jambes et deux béquilles. Tap-tap, le monstre à deux têtes entre au lycée. Une et inséparables.

« Quand Tippi veut quelque chose,
      elle l’attrape à
      pleines mains
      avec
      un corps qui nous appartient
      à toutes les deux. » (83)

Grace raconte sa sœur et elle, Grace et Tippi, « ni vous sans moi ni moi sans vous ». Telles le chèvrefeuille et le coudrier de Marie de France, ensemble elles pourraient bien durer. Mais séparées ? Le corps à corps permanent des sœurs siamoises impose le corps de l’autre comme un corps à soi, comme un deuxième corps. Trop de corps côte à côte? Grace envie Sainte Catherine :

« Parfois, je voudrais pouvoir être comme ça :
engagée dans une lutte
de l’âme,
au lieu de m’inquiéter
tout le temps pour mon corps. » (186)

Grace raconte aussi Dragon, la petite sœur qui danse, la maman et le papa qui boit - un peu trop - un chagrin indéfini. Une famille un peu trop indéfiniment vivante.

Sur le casier de Tippi, un jour, peu après la rentrée, un papier scotché : « Vous feriez pas mieux de retourner au zoo ??? » Inévitable.

Mais deux amis indéfectibles s'offrent à Grace et Tippi : Yasmeen et Jon. Et pour Grace, le truc juste impossible, juste nécessaire, avec son cœur fragile : tomber amoureuse de Jon. Avec Tippi à sa gauche, qui regarde ailleurs mais n’en perd pas une miette. L’amour, c’est d’être un, deux, trois ... soleil ?

Jusqu’au choix, inéluctable. Que reste-t-il quand de deux qui ne font qu’une, on tente de faire une plus une égalant deux ?

J’ai lu d’une traite.
Et à la fin j’étais

- « le souffle du livre qui se referme
de la bougie que l’on éteint » (317) -

en larmes.

Parce que « la chance, c’est un mensonge » (371). Mais parce que ce livre de Sarah Crossan est une grâce, traduit par Clémentine Beauvais.


Inséparables, de Sarah Crossan – traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Clémentine Beauvais – Rageot - 2017.


La plume de Marie

  À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...