Les amoureux de Houri-Kouri

 


Nous sommes au cœur de l’Afrique, que les paléontologues jugent désormais être le berceau de l’humanité, et plus précisément à la frontière du Mali et du Burkina-Faso. Là, un site archéologique prometteur vient d’être repéré par un journaliste malien d’un village voisin. Une mission scientifique, prévenue par le ministère de la Culture à Bamako, s’apprête à partir de Paris. Parallèlement, Juliette Aya Ahoutou, une jeune archéologue ivoirienne, qui vient de terminer son doctorat « Archéologie en Préhistoire » en France, est de retour dans son pays, et cherche un travail à Bouaké. Son professeur l’incite, puisque vue de France elle est déjà sur place, à se rendre sur le site et à entamer seule les fouilles. La zone, frontalière, est dangereuse mais Aya n’hésite pas longtemps. A la perspective d’une découverte sans précédent, elle se dit que pour elle, jeune docteur ès paléontologie, c’est peut-être la chance de sa vie. Elle part.

Partir, c’est aussi à quoi doit se résoudre Oscar, un Mossi. Il avait emprunté à ses proches, avait tout misé sur un troupeau de chèvres et la sécheresse a presque anéanti son maigre cheptel. Ruiné, il doit chercher un travail pour rembourser sa tontine et il part à la capitale, Ouagadougou, dans cet espoir, en compagnie de la chèvre qui lui reste.

C’est un destin plus dur encore qui attend Kim, une jeune malienne livrée à la rue quand son orphelinat doit fermer. Elle survit un moment au sein d’une bande de gamins avant de se trouver enrôlée comme soldat d’Allah. Elle a réussi à se faire passer pour un garçon du nom de Mehdi. Embrigadé, Mehdi va devoir accomplir sa première mission : tuer, être tué peut-être…

Comment Nathalie et Yves-Marie Clément vont tisser les destinées d’Aya, d'Oscar et de Kim alias Mehdi dans la trame africaine et les faire se croiser, c’est ce que vous découvrirez en lisant leur roman, Les amoureux de Houri-Kouri. Ils nous racontent en parallèle une autre histoire, beaucoup plus ancienne, celle de deux de nos ancêtres d’il y a 300 000 ans, Nourh et Dhib, une femme et un homme, imaginant leurs vies précaires mais décisives pour nous. Sans eux, sans leurs formidables instincts vitaux, nous ne serions pas là.

« L’Afrique est mal partie », c’est le titre d'un livre, celui du diagnostic pessimiste que posait l’agronome René Dumont il y a soixante ans, Afrique que Paul Claudel avait décrite dans Le soulier de satin comme « un carreau de feu posé sur le ventre » de la Terre. Les Clément, en repassant par une fiction bien documentée, montrent quelles ressources individuelles et collectives gardent les Africains, en dépit de la violence des hommes et de la rudesse du climat. À partir de leur rencontre improbable, Aya, Oscar et Kim voient s’ouvrir un horizon nouveau pour chacun d’eux, à l'ombre de leurs lointains ancêtres qui sont aussi les nôtres.

Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:10) :


Les amoureux de Houri-Kouri – Nathalie et Yves-Marie Clément – éditions du Pourquoi pas ? (129 pages, 9,50 €)


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Sainte Marguerite-Marie et moi

Ma gorille et moi

Io - pour l'amour de Zeus