vendredi 30 juillet 2021
Violante
vendredi 23 juillet 2021
Annie au milieu
Fichu chromosome !
Annie au milieu - Émilie Chazerand - Sarbacane X' - 2021 (302 pages, 17 €)
vendredi 16 juillet 2021
Sainte Marguerite-Marie et moi
Un miracle de littérature
Clémentine Beauvais avait au moins mille mauvaises raisons de ne pas écrire ce livre consacré à la vie de Marguerite-Marie Alacoque, visitandine du XVIIe siècle, grande promotrice de la dévotion au sacré cœur de Jésus, canonisée en 1920, devenue aujourd'hui la figure de proue des "chacha" de Paray-le-Monial, les membres de l'Emmanuel, mouvement catholique charismatique. La 4ème de couverture en énumère quelques-unes : agnostique, non baptisée, féministe, écolo et végétarienne, à quoi il faudrait ajouter autrice pour la jeunesse à temps plus que partiel, enceinte, confinée comme tout le monde, enseignante-chercheuse en éducation et littérature anglaise à l'université d'York, où elle est soupçonnée de sympathie pour les Travaillistes (là, j’invente)… Où Clémentine Beauvais allait-elle donc trouver le temps et les motivations pour enquêter sur cette bonne sœur mystique, dont les écrits, de l’aveu même de son éditrice, Hélène Mongin, risquaient de lui apparaître « un chouïa flippants » - je cite - en tout cas à mille lieues des centres d’intérêt d’une jeune femme post-moderne ?
Si notre autrice a malgré tout relevé ce défi, c’est que le roman familial faisait de la sainte sa lointaine aïeule et qu’elle savait devoir tôt ou tard dissiper le brouillard qui entourait cette généalogie. Plutôt tôt que tard, car un héritier se présentait à l'improviste, et son arrière-grand-mère bien-aimée dépositaire dudit roman était en train d’en perdre la mémoire. La couverture du livre qui montre adossées l’une à l’autre, comme avant un duel, Marguerite-Marie en sainte et Clémentine enceinte, la première jonglant avec un cœur et la seconde un smartphone en main, condense bien tout ce qui les sépare a priori et que l’écriture va devoir réunir, dans la concurrence d'une double maternité : un enfant, un livre.
Ce que la couverture annonce aussi, c’est qu’il va être question autant de l’autrice que de la Visitandine, qui vont se révéler l’une à l’autre et l’une par l’autre. Très rapidement, Clémentine Beauvais découvre que la future sainte a écrit ses mémoires non sans « réticences, résistances, répugnances », parce qu’on lui avait demandé instamment de le faire, « on » désignant ici un prêtre, le Père La Colombière, qui va littéralement inventer Marguerite-Marie en femme de lettres. L’autrice reconnaît, en miroir, dans les réticences, résistances et répugnances de son aïeule celles qu'elle éprouve à écrire ce livre sur elle. Cette reconnaissance a sans doute engendré un sentiment de solidarité entre femmes - la vierge et l'enceinte, la voilée et la féministe, l'exaltée et la pédagogue, etc. - dont l’éclair a troué le temps et l'espace. Malgré cela, Clémentine Beauvais sera poursuivie tout au long de l’écriture par un procès en légitimité qu’elle instruit devant nous, à ciel ouvert, on peut risquer cette expression dans le contexte. Ce procès contre elle-même nourrit heureusement un paradoxe fécond : loin de stériliser l’autrice, il soutient son enquête comme un aiguillon et l’aide à surmonter tous ses complexes qu’il dévoile un à un.
Pour l'essentiel, Clémentine Beauvais va découvrir en Marguerite-Marie - et donc nous révéler - une femme doublement moderne : « parce qu’elle veut brûler, et parce qu’elle va, malgré elle, écrire cette brûlure. » « C’est une exaltée » lâche sa grand-mère, mi-critique, mais cette exaltation va se communiquer à celle qui croyait pouvoir tenir la sainte à distance, comme un objet d’études littéraires, en professionnelle de la chose.
Cette mise à distance à laquelle Clémentine Beauvais renonce, par bienveillance de commande puis par amour et efficacité littéraire, elle la croise, curieusement, chez les cathos de l'Emmanuel et chez les commentateurs officiels de la sainte. Ils accompagnent et encadrent son projet mais en viendraient presque à suspecter l'enthousiasme croissant de leur employée, notamment pour les aspects les plus trash de la sainte. Du coup, elle se fait critique de celleux qui, par exemple, transforment le Sacré Cœur en simple « symbole » de l’amour divin. Et même elle s’en scandalise avec des majuscules dans le texte et force de points d’exclamations : « Mais NON !!! C’est pas juste un SYMBOLE ! » Car elle a bien lu ce qu’a écrit sa sœur qui rend compte d’un vécu éprouvé dans sa chair : Jésus a pris le cœur de Marguerite-Marie, l’a mis dans le sien avant de le replacer dans sa cage thoracique d'origine, opération à cœurs ouverts, sans anesthésie. Donc ça brûle. Vraiment. Jusqu'au bout, Il l'a promis, en plus, ce sadique.
C’est dans cet excès que Clémentine Beauvais rencontre son aïeule, c’est dans l’excès qu’elle l’aime et ce sont les comportements excessifs de la sainte qui procurent au livre les moments les plus comiques, sans la moindre trace de moquerie surplombante, grâce à une écriture parfaitement maîtresse d’elle-même et de son humour, mélange subtil de rigueur universitaire, d’esprit potache et d’understatement. En bonne phénoménologue – tout le phénomène, rien que le phénomène – menant une enquête serrée, autant littéraire que de terrain, l’autrice n’a gommé aucun épisode, des plus objectivement dégoûtants aux plus gore, mais chacun d’eux semble dilater la réalité en submergeant tous les préjugés, pour mieux rendre compte de l’instinct de grandeur, démesuré, propre à l’aventure mystique, à la rencontre avec le Christ telle que Marguerite-Marie Alacoque en a fait l'expérience unique et le récit.
Parce que Clémentine Beauvais nous offre de cheminer avec elle à la recherche de la sainte, de sa sainte, nous vivons avec elle ses doutes, ses étonnements, la fabrication même de son texte comme si nous y participions nous-mêmes. Nonobstant l'inévitable tension narcissique du projet, qu'elle avoue volontiers, ou peut-être à cause même de cette tension, son livre est enveloppant, joyeux, drôle, enthousiasmant. C’est pour tout dire un vrai miracle littéraire, qu’elle sait parfaitement à qui attribuer dans les derniers mots de ses remerciements.
Pour écouter cette critique :
Sainte Marguerite-Marie et moi – Clémentine Beauvais – Quasar – 2021 (241 pages, 16 €) - à paraître le 25 août 2021.
PS : On lira avec profit l'interview de Clémentine Beauvais dans l'hebdomadaire La Vie. On peut également la retrouver dans l'émission L'esprit des Lettres.
vendredi 2 juillet 2021
L'ange obscur
Je ne sais pas vous, mais pour moi, l’été, c’est le temps des polars qu’on lit dans le train, entre une sieste et une baignade ou pendant les longs trajets monotones sur autoroute, si on a la chance d’avoir un conducteur ou une conductrice à bord. C’est pourquoi j’ai choisi de vous en présenter un pour cette dernière chronique de la saison 2020-2021, un roman que les ados accepteront sûrement de prêter à leurs parents après l’avoir dévoré.
Avec L’ange obscur, les éditions Syros viennent en effet de nous offrir un deuxième policier de Danielle Thiéry. J’attendais la suite de Cannibale, de la même autrice, paru l’an dernier, qui, vous vous en souvenez peut-être, avait laissé en suspens le destin criminel d’une certaine Roxane. Celui-ci est réglé provisoirement en deux lignes dans le corps de cette nouvelle histoire : elle a été arrêtée avec son père et tous les deux sont incarcérés à la prison de Fleury-Mérogis. Le capitaine Marin et sa fille Olympe pourraient donc souffler un peu mais ils vont repartir dans une autre aventure dont ils se seraient bien passés. Mais pas nous : les lecteurs de polars sont de grands égoïstes.
Quand Olympe apprend qu’une équipe de tournage vient de débarquer à Épinal et recherche des figurants, elle n’hésite pas une seconde. Elle veut profiter à tout prix de cette opportunité et se présente avec son amie Salomé à l’hôtel où a lieu le casting. Anticipant un refus de son père, elle a choisi de se passer de l’autorisation de ses parents et donc de mentir sur son nom – elle emprunte le nom de sa mère – et sur son âge car en cette année du bac, elle est encore mineure.
La voilà retenue et mieux encore : pour une raison qu’elle ignore, elle va être sélectionnée par Gala Anton, l’assistante de production, pour jouer un des rôles principaux et donner la réplique à de vrais acteurs. D’autant plus vrais que dans le rôle titre, le producteur a engagé le principal protagoniste d’un fait divers tragique qui s’est déroulé dix ans auparavant et dont s’inspire étroitement le scénario. Vince de Mestre, c’est lui « l’ange obscur » qui vient de passer dix ans en prison pour un crime qu’il nie toujours avoir commis. Comme il est proche de la sortie, le juge d’application des peines a autorisé sa participation, dûment encadrée, au tournage du film. Quand Olympe commence à travailler avec lui les premières scènes, elle tombe amoureuse sans même s’en rendre compte de ce mauvais garçon à la gueule d’ange.
Mais voilà qu’un soir Vince s’évanouit dans la nature, alors que le jeune homme aurait dû réintégrer sa cellule en fin de journée. L’alerte est rapidement donnée et l’inquiétude croît quand on s’aperçoit qu’Olympe a disparu elle aussi. Vince va-t-il répéter le crime qu’il a commis, sur Olympe qui ressemble tant à sa première victime ? Ou bien alors Olympe amoureuse est-elle complice de sa fuite ? Le tournage est stoppé net et se transforme en thriller.
Danielle Thiéry fait revivre l’effervescence et les aléas du cinéma en train de se faire avant de nous faire basculer dans une traque haletante contre un adversaire qui n’est peut-être pas celui qu’on croit. Comme dans toutes les disparitions, le temps est compté, en heures qui s’étirent puis en jours qui s’allongent. L’enquête se déploie dans toutes les directions possibles : le capitaine Anthony Marin ne néglige aucune piste et ne dormira pas avant d’avoir retrouvé sa fille.
L’ange obscur – Danielle Thiéry – Syros – 2021 (473 pages, 17,95 €)
Francœur - À nous la vie d'artiste !
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