vendredi 9 avril 2021
Voyage à Birmingham
vendredi 26 mars 2021
Pierre le voleur
Dans ce petit village cévenol où tout le monde se connaît, Pierre est sans doute le plus connu de tous car il s’est assis une fois pour toutes sur le VIIème commandement : « Tu ne voleras pas ». Si bien que chacun sait pertinemment que si quelque chose disparaît chez lui, c’est chez Pierre qu’il faut l’aller rechercher et qu’il ne fera d’ailleurs aucune difficulté pour restituer le produit de son larcin. D’autant que ce qu’il vole n’a souvent aucun intérêt pour lui. Du comportement de Pierre le voleur, point n’est besoin d’en faire une maladie en le taxant de kleptomanie pour attirer l’indulgence du village, qui lui est de toute façon acquise. Même les quatre gendarmes de la localité, Lopez, Sanchez, Martinez et Fernandez, garants de la loi, ont renoncé à se préoccuper des frasques de Pierre puisque les affaires se résolvent de gré à gré entre le voleur et celle qui n’oserait même pas se dire victime.
Seul le curé du village, au contraire du pasteur qui est toute indulgence, verrait bien Pierre mis en prison et il s’indigne fréquemment auprès des autorités supérieures du laxisme qui règne à Saint-Alban du Lingas. Mais sa voix porte peu et Pierre peut donc voler successivement le transistor d’Antonin, les chemises de nuit de Mariette, les planches de Roger, les roues de la Mercédès de Boutefigues, etc. sans que le village s’en porte plus mal. C’est juste l’occasion pour l’auteur, Yves Frémion, d’en brosser le portrait par touches successives, vol après vol pourrait-on dire. C’est même comme si ces divers épisodes faisaient respirer les habitants du lieu, à coups de soupirs mi-agacés mi-attendris.
Les choses pourraient toutefois changer avec l’arrivée d’un renfort saisonnier à la gendarmerie, un certain Dubois, dont le nom ne rime pas avec ses quatre collègues. Pour Dubois, la loi, c’est la loi. Et par un malheureux hasard, un nouveau vol se produit, un cambriolage chez des estivants, des bijoux dans un coffret. Pierre a beau nier, lui qui vole mais ne ment jamais, Dubois n’a pas l’intention de le lâcher et le met en cabane. Pierre le voleur est-il oui ou non coupable, cette fois encore ? La deuxième partie du roman est employée à dénouer cette affaire. Les enfants du village vont y concourir.
Le roman d’Yves Frémion a un doux parfum d’été, de campagne et d'anarchie, empreint de la nostalgie des récits de Pagnol ou de Giono. Il semble que rien de grave ne puisse se passer dans ce village solidaire, hors du monde pressé et stressé qui l’entoure. Mais s’agit-il du dernier témoin d’un passé définitivement révolu ou d’un modèle d’avenir à promouvoir ?
Écouter cette chronique (extrait lu à 02:44) :
Pierre le voleur – Yves Frémion – Le Muscadier – 2020 (98 pages, 10,50 €)
vendredi 19 mars 2021
Toutes les options du beau gosse
Au sein de la littérature jeunesse, la chronique collégienne reste un genre inépuisable et la classe de quatrième est une cible incontournable. Myriam Gallot, dont on avait présenté ici en juin 2018 Ma gorille et moi, s’est installée cette fois dans la tête d’un garçon, Lucas, 13 ans, effacé sans être timide, qui commence à regarder les filles sans trop savoir quoi en penser ni quoi faire. En apparence, ce n’est pas le cas de Florian, son voisin et meilleur ami, le fanfaron du collège qui veut encore jouer les machos à l’heure de #metoo et passe son temps à évaluer les filles avec le vocabulaire d’un vieux maquignon du monde d’avant. Lucas est fasciné par Florian, dont il voudrait bien avoir l’assurance et Florian en rajoute dans la provocation et les rodomontades en tout genre pour épater Lucas. Pour Lucas, Florian a "toutes les options du beau gosse" – c’est le titre du livre de Myriam Gallot – soit autant de raisons de rouler sa caisse devant les filles. Le pire est que ça a l’air de marcher. Florian est le garçon le plus populaire du collège.
Il va cependant tomber sur un os en commettant une agression sexuelle sur Gaëlle, une fille complexée par ses rondeurs dont il abuse la crédulité. Il va provoquer la révolte de ses amies, Cassandra, Laurène et Charline et passer un mauvais quart d’heure, forcé à s’excuser publiquement auprès de Gaëlle. Lucas, qui trouve aussi que Florian est allé trop loin, s’est rallié bon gré mal gré à cette séance de « correction ». Bien qu’il se sente en faute, Florian le vit comme une trahison de son ami, passé dans le camp des filles, et rompt avec lui.
Myriam Gallot parcourt avec Lucas tous les états du moi adolescent. Elle décrit par exemple le traumatisme vécu par son jeune héros, confronté par Florian à son premier film porno. Lucas, qui fait du judo, se retrouve brusquement dans l’incapacité de combattre les filles, obsédé par des images qui l’envahissent et polluent son regard. Lui qui les avait empoignées jusqu’ici sans arrière-pensées ne peut plus les toucher. Sans pouvoir rien expliquer à ses parents, il leur annonce qu’il veut abandonner son sport favori.
Les parents ont d’ailleurs leur place dans le récit. Lucas, fils unique, envie un peu la famille de Florian. Il est à l’âge où les parents des copains et copines sont toujours formidables comparés aux siens. Surtout quand ceux-ci vous annoncent une nouvelle qui pourrait bien bouleverser votre vie…
Évidemment, rien n’est figé ni définitif dans le monde changeant de l’adolescence où la sensualité prend lentement ses marques, au fil des élans et des rebuffades, des premiers émois du corps viril, des orages affectifs et des frémissements de l’amour entrevu, espéré. Myriam Gallot, par touches successives, recadre les comportements, pointant au passage les clichés et les stéréotypes du monde adulte qui ont la vie dure et qui enferment les adolescents, les empêchant d’être eux-mêmes. Les règles du jeu de l’amour et du hasard ont peut-être définitivement changé, dès le collège...
Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:11) :
Toutes les options du beau gosse – Myriam Gallot – Syros – 2021 (260 pages, 15,95 €)
vendredi 12 mars 2021
D'or et d'oreillers
vendredi 5 mars 2021
Le journal de Raymond le démon
vendredi 26 février 2021
La faille
Il fait anormalement chaud cet été-là à Viskow, petite ville du littoral écossais. C’est le début des vacances et Mairead Kereban est dans sa treizième année. Elle a toujours connu la toux persistante d’Olbac son père, Lisa sa mère a perdu ses cheveux et elle, elle a de sérieux acouphènes. D’ailleurs, on lui fait passer régulièrement des visites médicales. À part ça, tout est normal. Enfin presque. La plage est bien tentante par cette canicule exceptionnelle, pourtant la baignade est interdite, depuis toujours. Il y a une grande usine au bout de la digue, qui produisait de l’électricité, mais qui semble être à l’arrêt, désaffectée. Il n’y a plus qu’une boutique dans le village, qui s’est progressivement vidée de ses habitants.
Heureusement pour Mairead, il y a Trent, un garçon qui est arrivé récemment avec sa petite sœur et leur père, un monsieur très occupé qui travaille dans une multinationale et qui s’absente fréquemment. Les parents de Mairead ont été très étonnés de les voir s’installer dans ce bout du monde délaissé. Mairead et Trent ont un banc où ils ont pris l’habitude de se retrouver et de se poser des questions métaphysiques du style « tu crois à la vie après la mort ? » C’est doux et tranquille, et puis, pour passer l’été, s’ennuyer à deux, c’est mieux que tout seul.
Mais c’est d’autres questions plus concrètes posées par un certain Ravenale, enquêteur ou journaliste, on ne sait pas trop, qui vont intriguer Mairead et la réveiller de ses 12 années de sommeil. Il y a décidément un mystère dans ce village, autour de cette usine et de tous ces gens qui sont partis. Les parents de Mairead ont l’air de ne rien savoir, ou détournent la conversation, gênés. Alors Mairead va enquêter, avec l’aide de Trent. Et peut-être découvrira-t-elle qui est ce grand jeune homme pris en photo avec elle, quand elle avait 2 ans ?
Pour son premier roman, Laëtitia Casado, plante un décor subtilement oppressant qui déteint progressivement sur son héroïne. De quels graves événements ce décor a-t-il été le théâtre, c’est ce que Mairead va découvrir, au prix de quelques expéditions risquées, les premières à l’insu de ses parents. L’idée d’une vérité à trouver, la certitude croissante qu’on lui cache des choses depuis douze ans, pour la protéger malgré elle, vont l’aider à s’émanciper de la bulle familiale, avec la complicité de Trent. C’est au bout du récit que Mairead comprendra ce qui s’est passé à Viskow peu après sa naissance. Le lecteur ou la lectrice, eux, auront pris un peu d’avance sur la jeune fille, car ils auront découvert parallèlement, dans le journal d’un certain Archie, employé à la sécurité de l’usine, que celle-ci était en fait une centrale nucléaire.
***
Pour écouter cette chronique (extrait lu à 02:41) :
La faille – Laëtitia Casado – 2020 – Le Muscadier (191 pages, 13,50 €)
vendredi 19 février 2021
Soleil jusqu'à la fin
Pour faire un bon récit d’apprentissage, on connaît la recette : prendre un enfant avec de fortes capacités de résilience, supprimer père et mère dès les premières pages – les pères c’est facile, le boulot est déjà fait, en général, ils sont partis depuis longtemps - et lancer le gamin ou la gamine dans la vie sans autre forme d’avertissement. L’aventure peut commencer.
Mélanie Georgelin s’est souvenu visiblement de ces ingrédients en écrivant Soleil jusqu’à la fin. Bien sûr, on ne peut pas tuer tout le monde au départ, il y a toujours un proche parent qui traîne dans les parages. Pour Amaya, qui est restée prostrée huit jours à côté de sa mère morte jusqu’à ce que les policiers la trouvent, il y a Tante Theresa. Mais Tante Theresa va s’avérer être un plan B foireux. Elle est gentille mais trop encombrée d’elle-même et de ses cinq fils pour s’occuper d’Amaya. Page 17, Tante Theresa dépose donc Amaya sur le trottoir d’une MECS qui a bien voulu prendre en charge sa nièce. Bienvenue aux Coucous. L’aventure peut re-commencer, après ce faux départ nécessaire.
Amaya n’arrive pas seule aux Coucous. Elle traîne derrière elle sa fidèle Soledad, une poupée de chiffon assez bavarde, alter ego d’Amaya, qui la réconforte ou l’engueule selon le moment et l’humeur. Mais me direz-vous, qu’est-ce qu’une MECS ? MECS, c’est l’acronyme de Maison d’enfant à caractère spécial, destinée à l’accueil temporaire des mineurs en difficultés. Et on peut considérer qu’Amaya, orpheline de fraiche date, après avoir tenté sa tante, est effectivement sérieusement en difficulté et relève des Coucous. C’est un vieux type tout racorni – c’est Amaya qui parle – qui l’accueille : Cactus. Cactus se rend compte tout de suite que ça ne va pas être facile avec Amaya. Mais il en a vu d’autres, et pour l’heure, il a déjà Tom, qui a passé des années dans un lit à barreaux avant qu’on s’aperçoive qu’il était devenu un peu grand, Pepito, bébé secoué par son père qui s’est retrouvé dans un fauteuil roulant et qui marche à l’oxygène, Djibril, 16 ans et toutes ses dents mais il ne sait pas comment il a réussi à les conserver, Svetlana prostituée à 14 ans, Danaé violée par son père et filmée par sa mère, Ruby née de père inconnu et de mère toxico, etc.… Donc, oui, Amaya, un peu rugueuse de prime abord, n’impressionne pas Cactus. Et Amaya va trouver sa place, aidée par Soledad qui ne la quitte pas d’une semelle et n’a pas non plus sa langue dans sa poche. Tout va bien, d’autant qu’il y a Billie, la plus chouette éducatrice de la Terre. Tout va bien jusqu’au jour où tout va mal, très mal, à un point qu’on ne racontera pas ici.
Le roman bascule alors et change d’horizon. Amaya est exfiltrée des Coucous, direction la montagne, chez Pierre et Madeleine, un vieux couple sans enfants mais rompu à l’accueil de ceux qu’on dit difficiles. Vont-ils réussir à apprivoiser Amaya et l’aider à se reconstruire après le nouveau drame des Coucous ? C’est l’enjeu de la deuxième partie du roman de Mélanie Georgelin. On suit avec attendrissement les efforts de Madeleine et surtout de Pierrot, moins à l’aise avec cette fille qui semble le rejeter. Heureusement, le titre ne ment pas : c’est soleil jusqu’à la fin, même si Amaya devra quitter ceux qu'elle aurait bien adoptés, au final.
Racontant l’histoire d’Amaya du point de vue de la jeune fille, lui prêtant souvent sa voix, presque trop parfois, Mélanie Georgelin dresse le tableau tantôt pathétique tantôt rassérénant d’une enfance en danger perpétuel qui grandit malgré tout. Pour une Amaya qui va s’en sortir, combien resteront à la porte de la vie ? La réponse est entre les mains de tous ces Cactus et de toutes ces Billie, de tous ces Pierrot et ces Madeleine qui œuvrent tous les jours en silence à l’accueil et à l’éducation des enfants meurtris mais toujours en vie.
Pour écouter cette chronique (extrait lu à 03:52) :
Soleil jusqu’à la fin – Mélanie Georgelin – Sarbacane – 2021 (277 pages – 16 €)
La plume de Marie
À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...
-
Jonas a 13 ans, les hormones le travaillent et la culpabilité aussi, mâtinée d'une forme de dégoût. Depuis que la pornographie s'est...
-
Un miracle de littérature Clémentine Beauvais avait au moins mille mauvaises raisons de ne pas écrire ce livre consacré à la vie de Marguer...
-
Une élève qui débarque en classe peu après la rentrée et fascine d’emblée la narratrice, ça ne vous rappelle rien ? Et si je vous cite « Il ...






