vendredi 25 novembre 2016

iM@mie


En matière de littérature pour la jeunesse, choisir un livre à lire ou à offrir n’est pas plus facile que dans le monde des grands. Mais comme dans celui-ci, les prix décernés chaque année peuvent permettre de repérer les bons livres sortis, sinon toujours les meilleurs. Certes il n’y a pas le battage médiatique qui accompagne chaque automne les prix Goncourt, Renaudot ou Femina. Mais certains prix jeunesse se distinguent par la qualité de leur jury ou par le procédé de désignation des lauréats. Trois exemples parmi d’autres : les Prix Sorcières sont attribués chaque année par un jury de libraires professionnels, regroupés au sein de l’Association des libraires spécialisés jeunesse ; le prix des Incorruptibles, lui, se veut comme son nom l’indique, libre de toute influence et ce sont les jeunes eux-mêmes qui votent pour le livre qu’ils ont préféré : ils étaient plus de 400 000 en 2015-2016 ! Ajoutons que tous les ans, début décembre, se tient le salon du livre et de la presse jeunesse, aussi connu sous le nom de salon de Montreuil. Y sont décernés désormais des « pépites » - auparavant c’étaient des « totems » - choisies cette année parmi une sélection de 36 titres répartis en 8 catégories (il y a aussi des documentaires et des livres audio). Partout en France, beaucoup de salons du livre organisent localement des prix qui ont deux fonctions : faire lire les jeunes et attirer les auteurs présélectionnés…

Si je mentionne aussi le prix Chronos, c’est que l’auteure dont je veux vous parler aujourd’hui l’a reçu en 2016 pour son livre iM@mie. C’est un prix de littérature original qui s'attache, je cite, à « faire réfléchir les jurés sur le parcours de vie et la valeur de tous les temps de la vie, les souvenirs, les relations entre les générations, la vieillesse et la mort, les secrets de famille ainsi que la transmission des savoirs. » Dans iM@mie, l’auteure, Susie Morgenstern, la plus américaine des Françaises, se livre largement dans le personnage d’une grand-mère chargée par sa fille d’accueillir Sam, un ado bien doué mais trop accro aux jeux vidéo pour envisager raisonnablement de préparer chez lui son bac de français. On n’est pas sérieux quand on a 16 ans. Bien tranquille dans sa retraite niçoise, Martha pèse le pour et le contre. Certes elle s’entend très bien avec Sam, mais avoir ce jeune Parisien à demeure nuit et jour, hériter la responsabilité de le conduire jusqu’au bac, elle ne sait pas si c’est le rôle d’une grand-mère, si elle tiendra le coup, si même elle le souhaite. En bref, selon la l’expression qu’affectionne Susie elle-même, Martha hésite à la perspective de devoir « grand-merder » à temps plein.

En une série de très courts chapitres, qui ressemblent aux vignettes extraites d’un journal intime, Susie nous conte les relations affectueuses et tumultueuses d’une mamie avec son petit-fils. Car bien sûr, Martha a dit oui à sa fille et Sam débarque chez elle, sans ordinateur ni portable, pour un long sevrage d’électronique. Pour sa cure, il est bien tombé : sa grand-mère, veuve depuis vingt ans, n’a jamais touché un ordinateur de sa vie et n’a même pas la télé. Mais elle aime la musique – Sam est pianiste - fait très bien la cuisine – Sam est un ado gourmand - et sa maison est tapissée de livres – Sam en a un certain nombre à lire pour son examen. Tout ceci pourrait bien compenser cela.


C’est d’ailleurs à un drôle d’échange que nous assistons entre la grand-mère et le petit-fils, une sorte de corruption croisée et pourtant vertueuse, d’où chacun va tirer des bénéfices inattendus. Comment Sam va découvrir que, contre toute attente, sa vie ne se réduit pas à passer le bac, comment Martha va s’extraire de son long veuvage en forme d’hivernage, vous le saurez en lisant iM@mie. Jeunes et moins jeunes en prendront de la graine.  Mamies et papys, vous découvrirez comment et pourquoi on peut devenir des i-mamies et des i-papys, i comme internet, bien sûr. Et Susie Morgenstern vous administrera une nouvelle fois la preuve que la littérature pour la jeunesse est, à tous les âges, un vrai remède à la mélancolie.

iM@mie - Susie Morgenstern - l'école des loisirs (199 pages, 14,80 €)

Un portrait de Susie Morgenstern ? Cliquez ici.

En podcast sur RCF Loiret (écoutez un extrait du livre à 3:41) :

mercredi 23 novembre 2016

Sauveur & Fils, saison 2

Sur le front de la vie




Les « vacances » des lecteurs furent un peu longues depuis la sortie de la saison 1, le 13 avril dernier. Mais nous sommes en septembre et les consultations reprennent enfin rue des Murlins, dans le cabinet de Sauveur Saint-Yves, psychologue clinicien. Ella et Sauveur, eux, se retrouvent après la coupure de l’été, non sans émotion, partagée : en principe, un thérapeute n’a pas de patient préféré mais nous savons déjà que Sauveur est faillible et c’est d’ailleurs par et pour ses failles qu’il est aimé. Pour lui, chaque jour de la semaine a donc un prénom. Le lundi c’est Ella.

C’est grâce à Ella-Elliot que cette deuxième – et non seconde – saison se raccorde en douceur avec la première. Le lecteur qui découvrirait Sauveur en ce 9 novembre deviendra vite familier de la tribu qui s’est constituée autour de lui, sans avoir à lire le volume précédent.

D’autant que la dite tribu va s’enrichir de nouveaux personnages, côté clientèle et côté « VéPé », cette « vie privée » dont Lazare, le jeune fils de Sauveur, a été un acteur-clé pendant la saison 1. C’est lui, rappelons-le, dont la curiosité nous a entrouvert la porte du cabinet de Sauveur. Mais nous n’avons plus besoin de ce jeune témoin pour suivre les thérapies en cours et nouvelles, racontées par un narrateur plus omniscient que jamais. Omniscience bienvenue car vie professionnelle et vie privée de Sauveur s’emmêlent de plus en plus, débordé qu’il est par ses amours régulièrement contrariées par son métier, ses hamsters prolifiques et des squatters qui tapent l’incruste chez lui : le jeune Gabin, qui se verrait bien adopté et Jovo, un vieux légionnaire SDF qui lui aussi élirait volontiers domicile fixe rue des Murlins, fût-ce dans la cave. L’adresse est bonne, qu’on se le dise ! Le rythme des semaines, qui forme les chapitres, a été gardé au seuil de cet automne 2015, où nous allons découvrir aussi que Gabin est un fan de The Eagles of Death Metal…

Il y a dans la saison 2 comme une nouvelle fluidité. Roman choral diront certains ou plutôt désormais : roman « fluminal ». Tout y communique, êtres et situations, parce que le courant de la vie emporte Sauveur et ceux qui deviennent de plus en plus les « siens » dans une sorte de fleuve plus fort que tous les principes thérapeutiques et tous les cloisonnements sociétaux. Au seuil de la retraite, l’institutrice de Paul et Lazare, que nous voyons se débattre dans sa classe, vient trouver chez Sauveur un remède à ce qu’elle pense être son obsolescence pédagogique. Pendant qu’une famille de réfugiés syriens est interviewée par Louise pour La République du Centre, notre psy entreprend d’en soigner la fille, Raja, traumatisée par les exactions de Daech.


La vie avance son front têtu, simultanément blessé et guéri. Ouvrant les bras de son récit, Marie-Aude Murail pousse une nouvelle fois devant elle son petit monde qui se débat, diversement violenté, jusqu’à un concert qui n’est pas encore celui auquel tout le monde pense, un an après. Il faudra attendre le printemps 2017 et la saison 3 pour savoir ce que la musique peut vraiment sauver.

Sauveur & Fils, saison 2 - Marie-Aude Murail - l'école des loisirs (320 pages, 17 €)

vendredi 18 novembre 2016

Les 50 ans de Pomme d'Api


L’an passé, l’école des loisirs fêtait ses cinquante ans. Cette année, c’est au tour des éditions Bayard de célébrer le cinquantenaire de Pomme d’Api. Ce mensuel, destiné aux enfants de 3 à 7 ans a été créé en 1966. Distribué au départ à la sortie des églises, visant un public auquel personne n’avait pensé et pour cause, celui des enfants qui ne lisent pas encore tout seuls, son succès a été immédiat. Les fondateurs, Yves et Mijo Beccaria, étaient issus de l’Action catholique, d’un christianisme engagé et ils s’appuyaient sur des vues pédagogiques modernes, celles de Maria Montessori en particulier : apprendre en jouant, en utilisant tout son corps et pas seulement sa tête, etc. Les années 70 ont vu Bayard développer une gamme de périodiques couvrant progressivement tous les âges de 0 à 20 ans : Les Belles Histoires, Astrapi, J’aime Lire, Okapi, Je Bouquine, Phosphore, autant de titres dans lesquels des générations successives ont acquis et consolidé le goût de la lecture.

Petite parenthèse : cette réussite éditoriale de Bayard sera clonée quasiment terme à terme à partir de 1980 par une maison toulousaine concurrente dénommée Milan Presse. Patrice Amen, l’un des quatre fondateurs et ancien président du groupe, souhaitait, en dépit de son patronyme, créer une presse laïque, vierge de toute référence religieuse. Ce sera le lancement de Toboggan, concurrent direct de Pomme d’Api. Suivront d’autres succès de presse puis d’édition, comme Copain des Bois. Mais Bayard aura le dernier mot en absorbant le groupe Milan en 2004, tout en lui laissant une large autonomie qui perdure à ce jour.

Aujourd’hui, Pomme d’Api, pour revenir à lui, tire à plus de 100 000 exemplaires chaque mois, chiffre qu’il faut multiplier par 10 pour mesurer son audience véritable. Pour beaucoup d’enfants devenus aujourd’hui adultes et parents, leur première bande dessinée a été Petit Ours Brun, le héros intemporel créé dans Pomme d’Api par la gouache de Danièle Bour en 1975. Quarante ans après, « P-O-B » comme disent les spécialistes, est toujours présent et dans le numéro de novembre 2016, déjà paru, il rentre de l’école avec son papa. Trop sage, Petit Ours Brun ? Ses aventures font l’objet sur Internet de multiples détournements, des plus malicieux aux plus trash, preuves supplémentaires qu’il est bien un personnage culte de la petite enfance.

Ces revues pour la jeunesse, vous pouvez les découvrir et même les feuilleter sur les sites internet de Bayard ou de Milan ou chez votre marchand de journaux habituel. Aux approches de Noël, si vous ne savez rien offrir à vos petits- enfants - « qui ont déjà tout » vous lamentez-vous déjà - pensez qu’un abonnement à un mensuel ciblé pour leur âge sera un cadeau apprécié, qui leur rappellera en outre chaque mois, surtout si vous vivez au loin, qu’ils ont un papy ou une mamie qui pense à eux.

Bon, puisque vous avez été sages cette semaine, je vais vous lire, non pas un extrait, non, TOUTE une histoire de POB. Celle-là, je l’ai ressortie de ma bibliothèque. Je la racontais à mon fils Benjamin quand il avait cinq ans, il en a aujourd’hui 39 puisqu’il est né en même temps que J’aime Lire, ce qui ne nous rajeunit pas. C’est une histoire dramatique, qui s’intitule « Petit Ours Brun est fâché avec maman », en 7 images, comme toutes les histoires de POB depuis que POB existe.

Soyez bien attentifs. On est à la radio et pas à la télé. Il faut donc que je vous fasse aussi les images. Le drame se noue dans la cuisine. Maman est aux fourneaux et tourne la tête vers POB qui vient de débouler dans son dos :
-        -  Maman, un bonbon, s’il te plait, je veux un bonbon.
Vous aurez noté que notre petit ours national est bien élevé : il a dit « s’il te plait ». Pas sûr pourtant que ça suffise. De fait, la maman retourne ostensiblement à ses casseroles et énonce clairement :
-         - Non, Petit Ours Brun, on va dîner.
Vlan, une fin de non recevoir aussi brutale qu’unilatérale. Le POB ne se démonte pas. Il tire sournoisement par derrière sur les cordons du tablier de maman ours et lance :
-         - Je veux un bonbon, t’es pas gentille.
Pendant que maman, sans montrer trop d’agacement, renoue son tablier, POB porte l’estocade :
-         - Je t’aime plus, je veux une autre maman.
Est-ce que maman va se démonter, s’effondrer en sanglots, se mettre à genoux devant POB ? Pas du tout, ce monstre d’indifférence ose lancer à son petit ours adoré cette très froide réplique :
-         - Cherche une autre maman Petit Ours Brun.
A quoi POB répond du tac au tac par le cahier des charges de la maman idéale :
-         - Je veux une maman qui donne des bonbons, une maman qui gronde pas.
 -  Et quoi encore ? interroge la maman qui, un genou sur le carrelage, s’est enfin mise à hauteur de son ourson et lui pose la main sur l’épaule.
Danièle Bour a laissé le dernier mot à POB :
-         - Une maman toujours gentille.


C’était, exceptionnellement cette semaine, une histoire COMPLÈTE de Petit Ours Brun, de Danièle Bour, parue il y a fort longtemps dans Pomme d’Api, le magazine mensuel de Bayard destiné aux enfants de 3 à 7 ans, qui fête cette année ses cinquante ans.

Petit Ours Brun est fâché avec maman - Danièle Bour - Centurion jeunesse

En podcast sur RCF Loiret (écoutez une histoire ENTIÈRE de POB à partir de 2:49) :

vendredi 4 novembre 2016

Renommer


Où passe la frontière entre la littérature pour la jeunesse et la littérature pour les « grands », dite générale ? Ni les éditeurs ni les auteurs et encore moins les prescripteurs ne sont d’accord sur son tracé. Sans doute est-elle mouvante et chaque nouveau livre la redessine à sa façon. On invente parfois de nouvelles classifications pour la déplacer : les anglo-saxons ont ainsi créé la catégorie « young adult » pour essayer de surmonter leur puritanisme qui, joint à leur protectionnisme culturel, leur interdit de traduire en anglais bon nombre de romans français d’aujourd’hui. « Jeune adulte », c’est sans doute plus valorisant pour le lecteur que « vieil ado » ! En 2004, un colloque s’était tenu à Cerisy sur cette question des limites. Il s’intitulait : « Littérature de jeunesse, incertaines frontières ». Une chose reste sûre : les livres pour la jeunesse se reconnaissent partout au fait qu’ils peuvent être lus par tout le monde et donc partagés entre toutes les générations.

C’est une autre certitude littéraire que nous fait partager l’école des loisirs en publiant ces jours-ci le nouveau livre de Sophie Chérer, intitulé Renommer. Au commencement de toute forme de littérature sont les mots, mais si l’on ne veut pas se payer de mots, justement, il faut sans doute se demander comment les mots eux-mêmes ont commencé, remonter à leurs premiers balbutiements, lorsqu’ils n’étaient encore que des racines qui se promenaient, indécises,  entre les langues, hésitant à se fixer dans l’une ou l’autre. Juste avant Babel. C’est à quoi s’emploie notre auteure, accompagnée par les illustrations décalées et joliment ironiques de Philippe Dumas.

Sophie Chérer introduit sa promenade dans le trésor des mots  en évoquant une rencontre avec des élèves de 6ème. Interrogée par l’un d’eux sur ce qu’elle était en train d’écrire, elle s’est mise à leur parler d’étymologie et de la fabrique des mots. C’est sans doute l’écoute passionnée qu’elle a suscitée qui l’a convaincue qu’elle était en train d’écrire un livre pour la jeunesse, aussi nécessaire qu’une quelconque fiction et qui fera aussi, n’en doutons pas, le régal des professeurs de français.


Sophie Chérer fait bien plus que nous promener dans une sorte de dictionnaire personnel. Qu’elle évoque l’économie, la nature ou la société, ses convictions sociales, sa foi même, surgissent au détour des mots qu’elle tourne et retourne comme un jardinier bêche la terre : crise, pollution, laïcité, religion, pour ne donner que quelques exemples, retrouvent les couleurs d’une révolte nécessaire face à toutes les langues de bois qui ont laissé pâlir leur sens. A retrouver ainsi la saveur de mots, les pays d’où ils viennent, peut-être allons nous mieux les accueillir et entendre ce qu’ils ont à nous dire, non seulement du passé, mais aussi de notre avenir.

Renommer - Sophie Chérer (illustrations de Philippe Dumas) - l'école des loisirs (278 pages, 16,50 €)

En podcast sur RCF Loiret (écoutez un extrait du livre à 2:40) :


vendredi 28 octobre 2016

L'amour, le Japon, les sushis et moi


Il faudra bien que je vous parle un jour des mangas, ces bandes dessinées importées du Japon, dont les Français sont les premiers consommateurs, immédiatement derrière les Etats-Unis : ne me demandez pas pourquoi ! Pour le moment, commençons par nous familiariser avec les mœurs du pays du Soleil levant en découvrant le livre de N. M. Zimmermann, intitulé L’Amour, le Japon, les sushis et moi. Cette jeune auteure pour la jeunesse, tombé amoureuse à 12 ans du Dracula de Bram Stoker, a depuis commis une dizaine de livres sur les vampires et autres terreurs du même acabit avant de se décider 1°/ à étudier le japonais 2°/ à aller passer un an à l’université de Nagoya pour travailler ses kanji et son accent nippon ni mauvais.

C’est ce séjour qui a nourri son dernier roman. Celui-ci narre les aventures d’une Française de 15 ans plongée brutalement par sa mère, chercheuse expatriée, dans le système scolaire local et confrontée plus largement aux us et coutumes d’un pays durement exotique. La narratrice, dénommée Lucrèce, découvre peu après la rentrée que les clubs dans son lycée, comme bien d’autres choses, n’ont malheureusement rien de facultatif. Pressée par son professeur principal de s’inscrire, elle choisit, à l’arrache, le Club des amateurs de sushis, devenant son 5ème membre. 

Bien que Lucrèce les ait sauvés de la dissolution, car, selon le règlement du lycée, un club doit comprendre au minimum 5 membres, Oda, Miki et Saya l’accueillent plutôt froidement, surtout quand elle pose la question qui fâche : « Qu’est-ce qu’on fait ? » Aucun des trois n’a l’intention de lever le petit doigt pour confectionner des sushis ou quoique ce soit d’autre et Ryu, le second garçon, est aux abonnés absents. Comment la Française va-t-elle parvenir à remuer tout ce petit monde ? Ah, oui, il y a aussi le mot Amour dans le titre. Sachant que c’est Oda qui a invité Lucrèce à rejoindre le club, mais que Ryu s’avère être son voisin d’immeuble, qui donc va l’emporter ?
Zimmermann conte avec une verve aussi comique que caustique le choc culturel franco-japonais. Lucrèce a un petit frère, Maximilien, qui voit des monstres partout dans l’appartement et qui est  flanqué d’un chien trouvé et affreux, appelé pour cette raison Trobeau. S’ajoutent donc, au récit d’acclimatation d’une adolescente, l’intrigue quotidienne d’une famille monoparentale puisque le papa, perdu quelque part dans l’Himalaya, en a laissé les rênes à une tête chercheuse bien plus fantaisiste que ne le sont sa fille, son fils et son chien réunis.

En lisant L’Amour, le Japon, les sushis et moi, vous saurez tout, tout, tout sur le Japon.

L'amour, le Japon, les sushis et moi - N.M. Zimmermann - Albin Michel Jeunesse litt' (416 page, 15,90 €)

En podcast sur RCF Loiret (écoutez un extrait du livre à 2:26) :

vendredi 21 octobre 2016

Papa sur la Lune



Au seuil de la littérature, alors que l’écrit est encore pour le tout-petit « une source close, une fontaine scellée », telle la fiancée du Cantique des cantiques, c’est l’image qui lui fait signe et lui dit : « Viens, entre chez moi sans peur ». « Chez moi », c’est-à-dire dans la forêt des contes, dans l’univers des albums : autant de portes colorées qui vont conduire doucement l’enfant jusqu’au monde des lettres.

Confortablement installés, l’enfant sur vos genoux, ou assis dans son lit et vous à côté de lui, ouvrez grand le livre et commencez la lecture à voix haute, cette clé de tous les apprentissages ultérieurs. Une petite main vous arrête parfois, corne la page, revient en arrière, s’attarde sur une image. Lui dit « sa » et vous, vous reprenez : « chat », renouant inlassablement avec le fil interrompu du récit. Les enfants réclament souvent le même album, la même histoire, puisant dans cette répétition l’assurance que leur donne aussi leur doudou. C’est cette répétition qui va fonder leur désir de nouveau, qui sera un jour indéracinable.

Alors que les mots ne sont encore que des signes muets, la beauté des images les précèdent. Et il faut bien avouer que nous sommes gâtés par ces immenses artistes que sont les illustrateurs, femmes et hommes, si nombreux et si divers aujourd’hui.

***

Ce n’est pas un album récemment paru que j’ai choisi de vous présenter. Papa sur la Lune, d’Adrien Albert, a été publié par l’école des loisirs en avril 2015. Mais il conte l’histoire intemporelle d’une petite fille, Mona, qui va passer son week-end chez papa. De ce déplacement bien ordinaire, que vivent chaque semaine des milliers d’enfants dont les parents sont séparés, Adrien Albert a fait un voyage aussi spécial que spatial : bien obligé, puisque papa est parti habiter… sur la Lune.

Maman a préparé soigneusement le départ : combinaison, fusée, vaisseau, capsule et… doudou, rien ne manque à cette mission Apollo hebdomadaire. A l’arrivée sur la Lune, le week-end chez Papa tient sur une page de neuf cases, dans lesquelles l’enfant peut identifier autant de moments de sa vie là-haut : « Mona fait de la patinette », « Mona joue avec Papa », « Papa sèche les cheveux de Mona », etc. Et déjà, c’est dimanche soir, il faut revenir sur Terre.

D’une situation devenue banale, mais pas toujours facile à vivre, Adrien Albert a su faire un conte moderne et décalé, habillé de couleurs optimistes, tantôt vives, tantôt pastel, où chaque acteur, père, mère et enfant met du sien pour que tout se passe au mieux, en dépit de l’éloignement. La ligne claire du dessin fait penser irrésistiblement à l’album d’Hergé, On a marché sur la Lune.


Et quelle émotion de se tenir près d’un tout-petit, un si bel album entre les mains. Allez, vous êtes bien calés tous les deux ? Pour cette fois, c’est moi qui lis, vous allez peut-être m’entendre tourner les pages…

Papa sur la Lune - Adrien Albert - l'école des loisirs (36 pages, 12,70 €)

En podcast sur RCF Loiret (je vous lis l'album à 2:50 mais... sans les images !) :

vendredi 14 octobre 2016

Le club des millionnaires express



Saluons Mediaspaul, la maison d’édition religieuse québécoise, qui lance en France, sous le label Libertad, une collection destinée à la jeunesse. Elle en a confié les rênes à Bertrand Ferrier, l’un des meilleurs spécialistes français du domaine, auquel il a consacré naguère une thèse universitaire passionnante intitulée Tout n’est pas littérature !  publiée en 2009. Sa présence à la tête de Libertad est, en soi, la promesse d’ouvrages décoiffants. Le label nous annonce d’ailleurs des livres liiiiibres, avec quelques « i » de trop, déclinés en zinattendus, zilarants et zincroyables, avec autant de « z ». La cible ? Les jeunes de 9 à 13 ans, filles et garçons, ceux du moins que l’école et internet n’ont pas encore dégoûtés de la lecture.

Les trois premiers titres, Ézoah, de Maxime Fontaine et Bertrand Ferrier soi-même, Le secret du coquillage, de Nataly Adrian et Le club des millionnaires express , de Dan Gutman, viennent de paraître le 15 septembre.

***
N’allez pas seriner à Mademoiselle Gina Tumolo, 11 ans, que l’argent ne fait pas le bonheur. Au seuil d’un été qui s’annonce ennuyeux, Gina, qui lorgne vers le fabuleux destin de Bill Gates, n’a qu’un rêve : devenir millionnaire. Si possible avant la rentrée prochaine. Quand on habite aux Etats-Unis, quoi de plus légitime et de plus impérieux ? Gina s’impose donc rapidement en pédégère de l’entreprise qui va la rendre riche, en s’adjoignant comme vice-président Rob, une sorte de baron perché du même âge qu’elle et qui parle comme un livre. Quincy, dix ans, une bavarde pas toujours compréhensible quand elle s’exprime, va hériter le contre-emploi idéal pour elle : directrice de la communication. C’est enfin parce que Gina n’arrive pas à les faire dégager que les jumeaux pots-de-colle, Eddie et Teddy Bogle, 16 ans à eux deux, sont engagés dans l’aventure estivale, complétant ce club de futurs – très jeunes - millionnaires.

Dan Gutman est américain et auteur d’une centaine de romans pour la jeunesse dont un bon nombre consacrés au base-ball, qui n’auraient qu’un intérêt ethnographique pour des petits Français. Le club des millionnaires express, en revanche, relève d’une thématique universelle qui tracasse très tôt les enfants, avec le lancinant problème de l’argent de poche, nécessaire mais jamais suffisant. On ne révélera pas ici dans quelle entreprise l’ambitieuse Gina mène son quintet, ni comment. Mais le fait est que nos cinq zozos vont parvenir à mettre en ébullition la petite ville de Farmington, qui se morfondait au fin fond de l’État du Maine, et entrevoir un instant gloire et richesse.


Gina est la narratrice pétulante de ce livre et les dialogues inventés par Dan Gutman, caustiques à souhait, font souvent mouche, méritant le label zilarant affiché en couverture. En arrière-plan, la satire d’une opinion prête à gober la moindre salade, assaisonnée par les media avec le plus parfait cynisme, pourra faire réfléchir utilement les jeunes et moins jeunes lecteurs aux petits travers de l’information à l’ère des folles rumeurs et des soupçons complotistes.

Le club des millionnaires express - Dan Gutman - Libertad (168 pages, 13 €)

En podcast sur RCF Loiret (écoutez un extrait du livre à 2:56) :

La plume de Marie

  À la mort de sa mère, qui était servante au château des Rochecourt, Marie a été recueillie généreusement par les châtelains et élevée en c...